Le Swinging London est de retour

JEAN-MARIE WYNANTS

mardi 15 mai 2012, 10:14

Le design britannique est d'une grande richesse, toujours surprenante. Le V&A lui rend hommage dans une exposition passionnante qui remonte le temps. Designers, stylistes, architectes sont de la fête.

Le Swinging London est de retour

Mini cooper et mini robes, prototype de fauteuil de Brian Long et esthétique punk sont au rendez-vous d’un parcours jubilatoire © DR

LONDRES

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Le type est sorti d'une Jaguar gris métallisé, vêtu d'un costume Paul Smith. La fille débarquait d'une Mini Cooper rouge vif et toute la rue se retournait sur sa minijupe signée Marie Quant. Arrivée à hauteur de l'Hacienda, elle s'est heurtée à un grand type rasé portant un t-shirt No Future. Une fille en robe à fleurs Laura Ashley s'est enfuie en courant…

Non, vous ne rêvez pas ! Enfin… un peu quand même. Mais tout cela pourrait bel et bien se passer dans l'enceinte du V&A Museum de Londres où une exposition passionnante organise la rencontre entre toutes les tendances du design british de 1948 à 2012. Etranges dates, direz-vous. Détrompez-vous ! En 2012, Londres accueille les Jeux olympiques tout comme en… 1948. Il s'agissait alors des premiers J.O. de l'après-guerre. On les avait baptisés les « austerity games » vu l'état dans lequel Londres et l'Europe entière se trouvaient.

« Dès cette époque, les autorités de Londres et du pays ont fait appel à des designers, de manière très consciente, pour créer une nouvelle image, tourner le dos à la guerre et aller de l'avant » expliquent Christopher Breward et Ghislaine Wood, les deux commissaires de l'exposition British Design 1948-2012 : Innovation in the Modern Age.

Dessiner l'avenir

Tout le monde participe à cet élan vers l'avenir. On consulte des designers pour créer de nouveaux visuels pour la compagnie de chemin de fer mais aussi, deux ans plus tard, pour la cérémonie du couronnement d'Elisabeth II où des créateurs de mode et de bijoux proposent des projets réellement innovants (et exposés ici de manière exceptionnelle).

Londres a été défigurée par la guerre. On a besoin de nouvelles habitations, de nouveaux quartiers. Architectes, designers d'intérieur et artistes s'associent pour inventer de nouveaux projets. Et petit à petit, le design s'insinue partout. Au fil des salles du V&A, on redécouvre les papiers peints des années 50 et 60, le mobilier délirant des seventies, les robes bucoliques de Laura Ashley, les extravagances de Vivienne Westwood, l'apogée du mouvement punk, les créations les plus récentes d'Alexander McQueen…

On pénètre dans des intérieurs renvoyant au beau milieu des fifties, on débouche dans une rue des sixties avec sa Mini Cooper et sa vitrine de minijupes qui faisaient rêver le Swinging London. Bowie, Marc Bolan, Bryan Ferry et les autres ne sont pas loin avec leurs costumes glam rock et leurs chansons irrésistibles. Pourtant, à deux pas, les épingles à nourrice et les t-shirts lacérés du mouvement punk attendent déjà notre passage.

Cette exposition est comme un formidable voyage à travers le temps. On y découvre des choses archiconnues, d'autres méconnues et d'autres encore dont on avait oublié le côté british : le Concorde dont les Français se sont un peu vite attribué tout le mérite, l'iMac, certes américain, mais dont le design unique est signé du Britannique Jonathan Ive…

Et bien sûr, aujourd'hui, les architectures de Richard Rodgers, Norman Foster et bien d'autres qui ont changé le visage de Londres jusqu'au déjà fameux London Aquatic Center, dessiné par Zaha Hadid pour les Jeux olympiques de 2012. Londres est de retour au centre du monde. Et ses designers y sont clairement pour quelque chose.

Jusqu'au 12 août 2012, Victoria and Albert Museum, Londres. Infos : www.vam.ca.uk