La tragique beauté des Pleurants
JEAN-MARIE WYNANTS
mercredi 23 mai 2012, 11:50
A Bruges, une quarantaine de sculptures du 15e siècle partagent douleur et sentiment de perte avec des oeuvres contemporaines.
© DR
JEAN-MARIE WYNANTS
mercredi 23 mai 2012, 11:50
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La tête légèrement penchée vers l'avant, l'homme semble essuyer une larme à l'aide d'un morceau de tissu blanc tenu dans sa main droite. Un peu plus loin, un autre implore le ciel, les mains jointes. Un autre encore lève les yeux au ciel dans un mouvement de supplication tandis que certains dissimulent leur détresse sous la capuche de leur robe de bure Là, sous nos yeux, se déroule une cérémonie muette et bouleversante. Une cérémonie figée pour l'éternité dans l'albâtre. Une cérémonie qui, pour la première fois, se déroule hors du lieu pour lequel elle a été conçue entre 1443 et 1470.
Juan de la Huerta qui sculpta la plupart de ces personnages et Antoine le Moiturier qui lui succéda pour terminer le travail espéraient sans doute que leur uvre résisterait à l'usure du temps. Mais ils n'imaginaient pas que la quarantaine de personnages sculptés par leur soin visiteraient l'Amérique au début du 21e siècle, attirant plus de 600.000 visiteurs. Ils n'imaginaient même pas qu'ils puissent un jour s'installer à Bruges, autre capitale des Ducs de Bourgogne pour le compte desquels ils avaient réalisé cette uvre incomparable.
Ce voyage au long cours, les Pleurants le doivent à une circonstance banale : d'importants travaux de rénovation au Musée de Dijon. C'est là qu'ils trônent depuis le 15e siècle, dans ce bâtiment qui fut le palais des ducs de Bourgogne. Au cur de ce palais, on trouve les monuments funéraires de Philippe le Hardi et Jean sans Peur. Le premier avait fait réaliser une quarantaine de sculptures installées sous la dalle noire supportant son gisant. A la mort de Jean sans Peur, son fils, Philippe le Bon, décida de lui faire ériger le même type de monument. Depuis, les Pleurants n'avaient jamais quitté les deux gisants.
C'est donc une chance exceptionnelle de les découvrir durant trois mois dans le cadre imposant du Sint-Janshospitaal de Bruges. D'autant que les organisateurs ont fait appel à Laurent Busine, directeur du Mac's du Grand-Hornu, pour mettre en scène cette cohorte de personnages en souffrance. Pour dialoguer avec ce chef-d'uvre du moyen-âge, il a fait appel à d'autres sculptures : des femmes solitaires de Giacometti. La tristesse, la peur, la solitude, l'amour traversent les siècles et réunissent les hommes des Ducs de Bourgogne et les femmes du sculpteur suisse. A l'étage, le voyage se poursuit avec les vidéos de David Claerbout et Nicolas Gruppo mais aussi les 101 photographies de Hans Peter Feldmann (du bébé au centenaire) et les Tre Pietre de Penonne évoquant l'idée de mémoire.
Le tout ramène constamment aux Pleurants, disposés à hauteur de notre regard en un large cercle où certains petits groupes semblent se former. On peut ainsi contempler à loisir la moindre expression des différents personnages, s'inventer des liens entre les uns et les autres, imaginer la douleur ou l'amour fou qui les animait