Nicolas Provost : suspense au coin de la rue

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 06 juin 2012, 12:27

Filmant le réel à New York, Las Vegas ou Tokyo, Nicolas Provost crée des fictions haletantes en jouant sur le montage, le son et notre mémoire collective.

Nicolas Provost : suspense au coin de la rue

Les policiers new yorkais sont au cœur de l’étonnant suspense de « Plot Point » (2007) tandis que « Tokyo Giants » (2012) fait naître l’angoisse dans un univers japonais © Nicolas Provost

Regard inquiet, gestes fébriles, un flic se saisit de son téléphone portable et chuchote quelques mots en tournant le dos à la caméra. À deux pas de là, un homme en civil plonge la main dans sa poche, en sort un téléphone et se met à chuchoter à son tour. En l'espace de quelques secondes, une info se répand dans tout un réseau de flics new yorkais. Opération ultra-secrète ? Complots entre ripoux ? Tout est imaginable… Ainsi vont les films de Nicolas Provost, sur le fil du rasoir entre objet d'art abstrait et suspense haletant, réalité saisie sur le vif et fiction soigneusement (re-)construite. Le centre Argos présente pour la première fois trois de ses œuvres vidéos de moyen-métrage sous le titre Plot Point Trilogy.

Pratique

Jusqu'au 1er juillet, du mercredi au dimanche, chez Argos, 13 rue du Chantie

L'histoire des flics new yorkais est au cœur de Plot Point, le premier volet tournée en 2007 à Times Square à New York. Filmant simplement ce qui se passe autour de lui, et particulièrement les activités de la police, Provost réalise ensuite un hallucinant travail de montage. Le moindre geste ou le plus banal regard prennent un nouveau sens et font naître dans l'imagination du spectateur des intrigues mystérieuses.

Explorant toute la grammaire cinématographique, Nicolas Provost montre comment la réalité peut être aisément manipulée. Et il démontre l'importance du cadre, du montage… et du son.

« Les dialogues sont des samples d'autres films, explique le réalisateur. Je les utilise d'une manière abstraite pour ne pas être trop anecdotique et laisser l'imagination au spectateur.

Dans Plot point New York, parfois on comprend quelques mots. D'autres fois, ils sont juste chuchotés. La seule vraie voix est celle du vendeur de journaux. »

La mémoire collective

Cette voix manifestement prise sur le vif augmente l'impression de réalité de l'ensemble et on se prend à essayer de comprendre l'info apparemment brûlante qui agite tous ces policiers.

Dans la deuxième salle, on découvre Stardust Las Vegas. Ici encore, des images prises en caméra cachée. Mais aussi l'imminence d'un drame auquel l'apparition de l'une ou l'autre vedette hollywoodienne (Dennis Hopper, Jon Voigt, Jack Nicholson…) donne un poids différent. « Cela me paraissait intéressant d'introduire des icônes hollywoodiennes dans un film qui questionne la frontière entre la fiction et la réalité. Surtout dans un endroit aussi artificiellement magique.

J'ai rencontré les comédiens et je les ai filmés. Certains se sont laissés mettre en scène. C'est la magie du projet et c'est ce que j'essaie de créer : sculpter de l'audiovisuel en utilisant notre mémoire collective du cinéma. »

Dans Tokyo Giants, enfin, présenté en première mondiale, un homme anonyme semble voguer entre rêve et cauchemar. « Ici, j'ai utilisé des dialogues de films japonais ou la plupart des phrases sont déconstruites. Pour un Japonais, le texte n'a donc pas vraiment de sens. Ensuite j'ai écrit les sous-titres en anglais moi-même. Je pouvais ainsi inventer ce que je voulais. J'ai montré le film à des Japonais à New York et ils ont beaucoup aimé. Ils m'ont d'ailleurs fait découvrir que dans une scène, sans le savoir, j'ai filmé un comédien japonais très connu. » Une preuve de plus que même pour ce fabuleux manipulateur du réel, la réalité dépasse parfois la fiction.