3 questions à Alain Tapié

mardi 12 juin 2012, 11:44

Le directeur du Musée des Beaux-Arts de Lille cerne les liens entre le thème de Babel et la grande exposition d'octobre, « Les Fables du paysage flamand ».

Le fantastique et la puissance de l'image transcendent le mythe et les époques ?

« Babel » est la première exposition qui traite de la plus célèbre allégorie architecturale. Le fantastique appartient à notre culture commune, en arts mais aussi dans le domaine de l'architecture. Le chantier de la Tour, la sanction divine, la confusion des langues, la dispersion des peuples rejoignent la polysémie développée par Jérôme Bosch, Bruegel ou Tobias Verhaecht dans leurs paysages avec la tour de Babel. Je suis persuadé que la dynamique contemporaine de Babel va aider à comprendre l'art ancien, l'interprétation encore mystérieuse des panneaux de Bouts, Bruegel, Patenier qui fourmillent de détails symboliques. Ces chemins de l'invisible vers le visible, on les retrouve chez Anselm Kieffer ou Wim Delvoye : Babel aujourd'hui, c'est la division des langues et en même temps l'union, la construction d'un monde globalisé à partir d'infinis détails.

Le support de la nature demeure le même ?

C'est toujours la nature globale à travers une nature détaillée, reflet de l'intervention divine jadis, reflet des inventions des hommes aujourd'hui.

Le vertige du mythe babélien est donc infini ?

L'engouement actuel pour le mythe de la Tour de Babel répond à celui du XVIe siècle flamand. Nous reconnaissons nos vanités, l'orgueil et la part insensée de nos actions dans des architectures organiques. La construction symbolique repose toujours sur la folie, l'imaginaire, ce côté « part du diable ». La fable est une écorce qui cache un noyau.