Le photomaton est un plaisir et doit le rester

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 13 juin 2012, 10:08

A l'ère du virtuel, la petite bande de quatre photos sur papier connaît une nouvelle vogue. Procédé utilitaire ou ludique, le photomaton a traversé le XXe siècle. Très tôt, les artistes s'en sont emparés et l'ont sublimé

Le photomaton est un plaisir et doit le rester

Yves Tanguy, autoportrait dans un photomaton, circa 1929 ; Michel Folco, album de photomatons anonymes, 1980-1990 ; anonyme, Walter and I at the Big Slide © DR

Que celui qui n'a jamais utilisé un photomaton lève le doigt ! Créé dans les années 20 par Anatol Marco Josepho (qui fit fortune en monnayant son brevet), ce système de photographie automatique a connu un énorme succès au XXe siècle. Alors qu'on le croyait déboulonné par les nouvelles technologies, il renaît de ses cendres dans une version purement ludique.

Mais dès sa naissance, le procédé a fasciné les artistes. Et comme le montre l'exposition actuellement présentée au Botanique, on n'en finit pas de découvrir les mille et une possibilités de ce formidable jeu de miroir. Car le photomaton est d'abord un jeu. « En fait, reconnaît Clément Chéroux, l'un des trois commissaires de l'exposition, le photomaton n'a cessé d'osciller entre deux pôles opposés. D'un côté, la question d'identité. De l'autre, le processus ludique. Les premiers appareils automatiques étaient purement ludiques. On les trouvait d'ailleurs sur les champs de foire avec les machines à sous. Ce n'est que dans les années 30-40 que les papiers d'identité avec photo vont se développer. En France, le boom aura lieu… sous Vichy. Le photomaton et ses dérivés deviennent alors tristement utilitaires. Ces dernières années, il a par contre retrouvé une fonction essentiellement ludique. »

L'expo, divisée en deux parties, montre bien cette ambivalence. Au rez-de-chaussée, on découvre la machine, son décorum, les bandes de quatre images qui en sortent comme par magie… On plonge dans l'univers des surréalistes qui, dès 1928, année où on implante les premières cabines en France, en utilisent toutes les possibilités. Breton, Magritte, Dali, Buñuel, Eluard, Aragon et bien d'autres défilent dans les petites cabines. Après eux le pop art s'en emparera avec Warhol ou Avedon qui installe une cabine dans son studio et réalise une série intitulée 25 cents au cours de laquelle il fait notamment poser Marilyn Monroe et Audrey Hepburn.

Jan Wenzel, lui, photographie chaque élément de la célèbre cabine : le tabouret, le rideau, la boîte de produit développeur. Et il le fait à l'aide d'une cabine automatique. Naomi Leibovitz va encore plus loin, ne photographiant, aux quatre coins du monde, que les rideaux servant de fond à l'image.

Au premier étage, on entre dans les questions d'identité. D'un côté, les photos que l'on fait pour s'amuser. De l'autre, celles qui doivent répondre à des normes strictes pour passeports et pièces d'identité.

Ce qui frappe le plus, c'est l'incroyable diversité des propositions. Et la fascination qu'exerce le photomaton. On le collectionne, on le détourne, on le filme (une vidéo de 55 minutes rassemble d'innombrables extraits de films célèbres ou le photomaton joue un rôle essentiel). On découvre un album dans lequel Michel Folco classe soigneusement par thème les images de photomaton qu'il trouve un peu partout. C'est cet album qui inspira à Jeunet l'intrigue de base d'Amélie Poulain.

On trouve aussi, en toute fin de parcours, les purikura japonais, un dérivé numérique du photomaton qui connaît un succès fou et permet de réaliser de petites images, d'y ajouter textes et éléments divers grâce à une palette graphique et de les imprimer aussitôt sur des feuilles autocollantes.

Chez nous aussi, le photomaton connaît un revival. On réinstalle, dans de nombreux lieux culturels, des cabines argentiques avec flashs et temps d'attente comme par le passé. Redevenu instrument de plaisir, le photomaton permet tous les délires. Avec, en prime, le privilège de tenir en main quelques secondes plus tard, quatre images forcément uniques. Vous voulez essayer ? Une cabine vous attend à la sortie de l'expo. A vous de jouer !

« Derrière le rideau : l'esthétique photomaton » jusqu'au 19 août au Botanique, www.botanique.be. Très beau catalogue édité par le Musée de l'Elysée et les éditions photosynthèses, 65 euros.