A Ostende, les corps se dévoilent

CHRISTIAN DU BRULLE

vendredi 15 juin 2012, 10:21

Dès samedi, l'expo « The human Body » ouvre ses portes au casino d'Ostende, avant Bruxelles l'an prochain. De véritables corps et organes humains « plastinés » sont présentés avec un évident souci didactique. Les professeurs d'anatomie applaudissent.

A Ostende, les corps se dévoilent

L’exposition, qui se veut plus didactique et esthétique que spectaculaire, permet de voir en situation comment s’articulent entre eux muscles et systèmes osseux © dr

L'élève a-t-il dépassé le maître ? En matière de plastination, cette technique de préservation des tissus humains où on remplace sous vide les fluides corporels par une résine, on pourra juger sur pièces dès demain, à Ostende. Ce samedi s'ouvre en effet au casino l'exposition The Human Body, proposée par le médecin chinois Sui Hongjin. L'homme est un disciple de l'Allemand von Hagens, qui fut le premier à proposer ce genre d'expositions en Belgique et ailleurs en Europe. Un disciple qui a ensuite pris sa liberté en créant à l'Université de Dalian son propre institut de plastination. Ses pièces sont proposées cet été aux curieux de la machine humaine fréquentant le littoral.

Une expo-spectacle ? « Pas du tout ! » s'exclame le Pr Dirk Devroey, chef du département de médecine générale à la VUB, l'université libre (flamande) de Bruxelles. « The Human Body est avant tout une exposition didactique, précise-t-il. Elle détaille aux visiteurs, dans un ordre logique, les divers systèmes et organes humains. Il y a bien sûr des corps complets qui sont mis en situation, histoire de voir comment s'articulent entre eux muscles et supports osseux par exemple. Mais il y a aussi beaucoup d'organes présentés de manière indépendante. »

C'est un « Oscar », un squelette complet et érigé qui accueille les visiteurs. Au départ de sa charpente, le corps humain se construit au fil des salles et bien sûr, dévoile ses merveilles : systèmes musculaire et nerveux d'abord. Viennent ensuite les poumons (sains ou noircis chez les fumeurs : édifiant !). Les ramifications du système nerveux et du système cardiovasculaires déploient leurs dentelles.

Qu'est ce que ce genre d'expo apporte de plus aux amateurs d'anatomie que ce qu'on trouve déjà dans des livres, sur internet ou, pour les étudiants en médecine, dans les salles de dissection ?

« C'est la vision complète et extrêmement détaillée de la machinerie humaine qui est le point fort de ce genre d'expo, reprend le Pr Devroey. D'abord, elle est accessible à tous et pas uniquement aux étudiants. Ensuite, elle permet d'apprécier en taille réelle les différents composants d'un humain. Et enfin, même pour celui qui a accès à l'imagerie médicale high-tech comme les IRM fonctionnelles, je ne peux m'empêcher d'être subjugué par l'une ou l'autre pièce, comme le système vasculaire proposé dans son ensemble et en trois dimensions. C'est surprenant. »

Lors d'une précédente expo du genre, nombre de ses étudiants s'y étaient rendus d'initiative. Gageons que dès février prochain, quand l'expo débarquera à Bruxelles, ce sera à nouveau le cas.

Une précision encore. Tout au long de l'expo, on ne peut s'empêcher de remarquer les traits asiatiques des visages plastinés. Logique : tous les corps et organes présentés sont… chinois. Pas de provoc toutefois : il ne s'agit ni de condamnés à mort ni de corps volés, juste des enveloppes charnelles léguées à la science, paraît-il.

www.thehumanbody.be