Enjeux et échos d'Alain Bornain à Notre-Dame à la Rose

DOMINIQUE LEGRAND

mercredi 20 juin 2012, 12:34

Après « Ad vitam » en 2010, Alain Bornain investit de nouveau le Musée de l'Hôpital Notre-Dame à la Rose. Il présente 14 oeuvres en dialogue fascinant avec le lieu.

Enjeux et échos d'Alain Bornain à Notre-Dame à la Rose

: DR

Qu'avez-vous fait aujourd'hui dans le monde extérieur ? » Cette Apostrophe sous forme de carte postale que l'on peut emporter est la question essentielle posée par l'artiste belge Alain Bornain lors de sa seconde intervention dans ce lieu magique qu'est l'Hôpital Notre-Dame à la Rose. Apparemment simple et pourtant à multiples interprétations, cette question suggère la sollicitation spécifique du lieu chargé de sens, d'histoire(s) et de mémoire, le lien mystérieux qui unissait les religieuses à Dieu mais aussi au monde extérieur.

Après l'exposition Ad Vitam en 2010, Bornain intervient pour la seconde fois dans ce lieu qui l'a profondément interpellé. Cette fois, son intervention plus restreinte (14 œuvres) est d'autant plus percutante, sous le commissariat artistique de Pierre-Olivier Rollin (BPS 22) : « Son option a été de respecter le caractère déambulatoire du site, précise Alain Bornain, tel un parcours de vie. Hormis la fresque Heaven sur le mur du jardin des simples et la composition chimique du corps dans l'ascenseur créées en 2010, les œuvres interagissent avec les nouvelles salles restaurées. Chaque création a été pensée pour un lieu, en dialogue avec la corporéité, la médecine, la mort, le désir de vie, la souffrance, etc. »

Attirance et répulsion

En écho aux tableaux représentant Marie-Madeleine, Bornain recouvre d'or deux bassins, l'un féminin, l'autre masculin. Fortement éclairée, l'œuvre intrigante projette… l'ombre d'un crâne. Des enfants déambulent en cercle. « C'est un blackboard inspiré par une photographie des années 30 conservée à Notre-Dame à la Rose, poursuit le plasticien. Les enfants subissent un traitement par luminothérapie. Comme le tableau Ecce Homo, cette image est à la fois très attirante et ambiguë : il y a un côté malsain dans cette représentation de l'enfance. C'est aussi une allégorie de la vie des sœurs. »

Symbole du mariage mystique, une couronne d'épines en liens Colson fait face à une autre image ambiguë : un défilé militaire sur la place Rouge, idée d'enrôlement… A double lecture aussi, un néon inscrit En vies… La pureté sculpturale de deux bols recouverts d'or illumine la salle des étrangers. De vanités contemporaines comme le Top 50 des plus grosses fortunes du monde à l'installation de 40.000 dés dans la chapelle baroque, le parcours est toujours une mise en abyme : « J'ai eu l'idée de l'intervention Memento en 2010. J'ai pu la réaliser grâce à la production de BPS 22. Sur chaque face des dés, sauf une, s'inscrit un mot : extase, oubli, profit, manque, présence. Ces dés évoquent des fragments de vies. »

Combien vous reste-t-il ?, questionne la dernière salle. Bien plus acerbe, sans crainte d'affronter le site, Memento ne se perdra pas dans l'oubli. « Memento », Hôpital Notre-Dame à la Rose, place Alix du Rosoit, 7860 Lessines, jusqu'au 28 octobre. Catalogue. www.notredamealarose. com. « The Surface of Things » jusqu'au 2 septembre. www.exit11.be