Pop-up de duos d'artistes

DOMINIQUE LEGRAND

jeudi 21 juin 2012, 10:02

Peintures, sculptures, vidéos, installations constituent un reflet étonnant de la création contemporaine belge. Un artiste en invite un autre, ouvrant un dialogue captivant en forme de « Pop-Up ». Le public va élire son choucho

Pop-up de duos d'artistes

La « Rue des Radis » d’Arnaud Cool, invité par l’artiste Denis Meyers, deux grands raconteurs d’histoires intrigantes ©DOMINIQUE DUCHESNES

Une impression de jury de fin d'année, avec même un prix à la clé puisque le public va élire son coup de cœur. L'exposition « Pop-Up. Liens artistiques » est l'occasion de rencontres formidables, même si on n'est pas toujours d'accord avec les choix. Cela ressemble à un grand dîner de famille, où l'un interpelle l'autre.

Les œuvres se répondent, mais quel est le fil rouge ? « Notre objectif est de faire vivre une collection muséale, explique Claire Leblanc, dynamique conservatrice du Musée d'Ixelles. Le principe est simple : la liberté. Autour d'une sélection d'œuvres récemment acquises par le Musée, leurs créateurs parrainent un artiste de leur choix. Cela constitue un réseau, un jeu d'apparition semblable au pop-up. Le principe est aussi ludique : les visiteurs sont invités à jouer au commissaire d'exposition. L'artiste “parrainé” qu'ils choisiront se verra offrir une exposition solo en 2013. »

Dans ce parcours papillon, libre à chacun de créer son propre réseau. Apprécier l'invitation du graffeur urbain Bonom faite à Stephan Goldrach, se réjouir de la confrontation entre l'insondable Edith Dekyndt et Hedwig Houben, Michel François et Lucia Bru.

Parfois il faut courir loin pour recomposer le duo. C'est le cas des grands formats Puttebos et Leefdael de Felten-Massinger qui interpellent la cimaise qui fait face, Le Monde à rebours de Quentin Smolders. Au travail lent et patient des deux photographes répond la turbulence de l'imagerie d'Ixelles. Souvent, le rapprochement fait mouche : le travail très grave mais pourtant tout en apparente légèreté de Lucile Bertrand (Beyrouth) côtoie les petites touches de papier de Reiko Takizawa.

Un dialogue captivant

Jean-Luc Moerman a invité Vincent Solheid. Tous deux font tourner la roue, celle du Temps (La Roue qui tourne) et celle d'un peloton de cyclistes, avec Jésus-Christ en maillot jaune, œuvre de Vincent Solheid sous un titre peut-être annonciateur, Les premiers seront les derniers

« Nous avons voulu un catalogue qui ne soit pas relié et figé, poursuit Claire Leblanc. Il est à l'image du concept de l'exposition. On pourrait lancer toutes les fiches en l'air et voir comment elles retombent au sol, créant peut-être d'autres duos… »

Edith Dekindt, Cindy Wright, Felten-Massinger, Michel François, Xavier Mary, Denis Meyers, Hans Op de Beeck, Platéus, Moerman, The Plug, Walter Swennen, Freek Wambacq, etc., ces quelques noms en tête de cuvée forment le noyau dur des acquisitions récentes opérées par le musée depuis 2008. De quoi faire rêver d'autres institutions qui ont peu perdu le fil de leur mission. « Depuis sa fondation au XIXe siècle, le Musée communal d'Ixelles a toujours acheté de l'art contemporain, des artistes émergents voire déjà confirmés, remarque Claire Leblanc. C'est le cas de Michel François qui manquait à notre collection. Encore faut-il pouvoir se le permettre. Le musée n'a aucun “trou” dans sa collection, sauf Alfred Stevens qui n'a pas fait l'objet d'acquisition quand il était encore accessible. Et aujourd'hui, il nous manque Luc Tuymans ! »

Avec un budget de 90.000 euros par an, le conseil d'experts en charge des acquisitions doit faire les bons choix.

Pop-Up. Liens artistiques , 71 rue Van Volsem, 1050 Bruxelles, jusqu'au 9 septembre. Catalogue, Racine, 19,95 euros.