Marie Pok, sous le signe du plaisir

DOMINIQUE LEGRAND

jeudi 28 juin 2012, 09:57

A 38 ans, Marie Pok n'a pas froid aux yeux. Elle révèle sa ligne éditoriale : design, architecture et graphisme

Marie Pok, sous le signe du plaisir

ENTRETIEN

ses coups de cœur

Arthur C. Clarke Auteur du roman 2001 l'odyssée de l'espace, écrit en 1968 parallèlement au film de Stanley Kubrick. « Il a écrit qu'un jour tout le monde sera équipé d'une machine pour créer ses propres objets. Markus Kayser l'a fait : produire des pièces à partir des ressources présentes dans le désert. Équipé d'une imprimante 3D qu'il a fabriquée, il crée des objets avec les seules ressources disponibles : du sable et du soleil. S'il y avait une véritable volonté politique, on aurait déjà installé 500 Solar Sinter ! »

Le festival de Watou

« Quand mon homme me dit : “Encore de l'art !”, je rétorque qu'il y a un excellent restaurant sur la place du village. On y sert un lapin à la bière qui entraîne tout le monde dans ce petit coin de Flandre plus connu pour son fromage que pour son Festival des Arts. J'y vais pour découvrir les installations d'artistes comme Fabrice Samyn, Koen Vanmechelen ou des pièces prêtées par de grands collectionneurs. On passe de la chapelle à la ferme ! La poésie est présente partout. »

www.kunstenfestivalwatou.be

Cool, jeans et regard soyeux, Marie Pok demeure ce condensé de raffinement et de légèreté, mais surtout de passion design. Directrice de Grand-Hornu Images depuis février, elle succède à Françoise Foulon qui créa ce pôle du design de renommée internationale.

Comment le passage de relais a-t-il lieu ?

Je commence à prendre mes marques tout en poursuivant la programmation prévue par Françoise Foulon jusque fin d'année : l'exposition actuelle Meisenthal, le feu sacré, suivie par une exposition consacrée au designer Claude Aïello. Toujours disponible, Françoise Foulon accompagne mes premiers pas. C'est très rassurant, et nécessaire !

Comment innover par rapport à une « recette » qui a toujours rencontré un grand public ?

Le défi ! On possède une scène géniale pour mettre en évidence les créateurs belges et internationaux, les talents émergents et les locomotives. C'est essentiel et je veux le garder. Chaque année, on aura un focus sur un designer belge. Je m'émancipe en intégrant l'architecture au design. Le graphisme va trouver sa place. Les musées ne donnent pas assez de visibilité aux graphistes, créateurs d'une œuvre personnelle à part entière. En mars 2013, je programme une expo consacrée à Stefan Sagmeister, un des plus grands graphistes. Même pour de grandes marques, son travail est conceptuel, proche de la performance.

Graphisme, architecture sont des arts plus « froids » à faire partager.

Rien de plus barbant qu'une exposition d'architecture composée de maquettes et plans ! Je m'enfuis au bout de cinq minutes. Il faut tester les choses auprès du grand public car, que ce soit l'architecture ou le graphisme, on y est confronté tous les jours, comme le design. Cela fait partie de notre vie, en termes d'environnement, de qualité de vie, de packaging. L'évolution de la Biennale d'architecture de Venise est révélatrice : on est passé du plan-maquette à une sensibilisation sensorielle où les sons, les couleurs donnent du sens. Le public a peur de l'architecture contemporaine parce qu'il juge son discours trop intello ou élitiste. Un plaisir du regard appelle la curiosité.

Quand découvrira-t-on la « marque » Marie Pok ?

En novembre. Dans le cadre du thème « Fantastic » de Lille 3000, le Mac's présente une grande manifestation consacrée à la science-fiction qui a inspiré les artistes contemporains. Grand-Hornu Images propose « Space Oddidty », la fascination que l'espace exerce sur le design et les arts appliqués. Quand on parle de science-fiction, on pense aux années 60, à la conquête de l'espace, aux extraterrestres. Cela, on le découvre dans l'exposition « Golden Sixties », à Liège. Aujourd'hui, on est déjà beaucoup plus loin car la réalité a aussi dépassé la fiction, celle d'Arthur C. Clarke par exemple, auteur du roman 2001, l'odyssée de l'espace, film de Stanley Kubrick. Je veux monter comment la conquête de l'espace inspire les designers actuels, Nacho Carbonell et ses formes aux excroissances organiques, Dunne & Raby, des designers britanniques radicaux qui créent des objets post-apocalyptiques…

Quelle sera la place du design ?

En été, le lauréat du Prix du designer de l'année aura une exposition monographique. C'est un « lancement » que peu d'institutions peuvent réaliser en Belgique. Il y aura la grande exposition design Europalia Inde. Elle sera consacrée aux objets du quotidien, ce que Jasper Morrison appelle le « super normal ». L'Inde a de grands techniciens et des ingénieurs incontestés, mais c'est un pays qui a peu réfléchi aux formes.

Avoir lancé Design September vous inspire ?

Certainement. Je souhaite transposer les clés de réussite de cette expérience dans la région, notamment dans les manières de communiquer avec les écoles, en étant présent sur Facebook. Il faut faire évoluer le réseau transfrontalier autour du design. Le premier exemple est Lille 3000, mais pensons aux musées, à la Maison du Design à Mons, etc. C'est le dossier sur lequel je travaille.

www.grand-hornu-images.be