Une photographie à la française

JEAN-MARIE WYNANTS

mardi 03 juillet 2012, 12:34

La semaine d'ouverture des Rencontres d'Arles a débuté lundi. Dans toute la ville, les amateurs sont déjà au rendez-vous. Professeurs et anciens élèves de l'Ecole nationale supérieure de la Photographie d'Arles sont à l'honneur.

Une photographie à la française

« L’homme du fond » d’Aurore Valade : comme dans chacun de ces portraits, le titre est extrait d’un livre ou d’un journal figurant sur l’image au même titre que les différents éléments récurrents

ARLES

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Surtout l'église et tout le monde », répète, dans un français hésitant, le jeune guide chinois qui vient de demander à une touriste de le photographier avec son groupe sur la place de la République.

A Arles, les appareils photo sont partout. Mais plus qu'ailleurs, ils affichent des dimensions impressionnantes. Bien sûr, on se sert d'appareils de poche, d'I-phone et d'autres technologies modernes. Mais le taux de bons vieux gros boîtiers noirs avec batterie complète de téléobjectifs est anormalement élevé.

C'est qu'Arles attire une catégorie de touristes pour qui la photographie est un art de vivre, une passion, une religion. Aux terrasses ou en pleine rue, on compare les mérites des boîtiers, des objectifs, des filtres, des imprimantes… On compare même les qualités des pellicules. Car ici, on trouve encore des intégristes de la photographie argentique.

Pour tous ceux qui sont nés avec le numérique, résumons en expliquant qu'avec cette technique, on ne voit pas la photo sur l'écran de son appareil mais on la fait apparaître petit à petit dans la magie d'un laboratoire avant de l'imprimer sur des feuilles de papier qu'on plonge dans divers bains. Le tout dans une obscurité quasi complète. Une forme de magie noire qu'on ne pratique plus guère mais dont on trouve encore quelques exemples aux Rencontres de la photographie.

En 2012, celles-ci n'ont pas vraiment de thème mais sont consacrées aux trente ans d'existence de l'École nationale supérieure de la photographie d'Arles (ENSP). Une façon de faire le point sur ce que celle-ci a apporté au paysage français et international. Car depuis trente ans, l'invasion des appareils et des objectifs a lieu toute l'année dans cette paisible bourgade provençale. Les jeunes gens de l'ENSP arpentent les rues, devisent dans les bars et, parfois, finissent par s'installer sur place. On en retrouve plusieurs dizaines cette année, essentiellement aux anciens Ateliers SNCF devenus le centre névralgique des Rencontres.

De Koudelka à Serralongue

Ailleurs, on trouve d'autres expositions comme celle de Josef Koudelka présentant son travail des années 60 et 70 sur les gitans ou la collection de Jan Mulder consacrée à la photographie latino-américaine.

Mais les profs et élèves de l'ENSP se taillent la part du lion. Comme commissaires d'exposition, professeurs ou photographes avec Bruno Serralongue, Olivier Metzger, Valérie Jouve et bien d'autres qu'on peut découvrir depuis lundi matin dans un parcours où l'on oscille entre l'excellent et l'inconsistant.

Parmi les anciens de l'ENSP, un premier coup de cœur avec Aurore Valade (ci-dessus) qui réalise en Italie des portraits très mis en scène avec modèles aux épaules dénudées devant une feuille blanche, titre volé à un journal ou un livre figurant sur l'image et double vision de l'intérieur du modèle et du monde extérieur, chaque image étant prise devant des fenêtres.

Jusqu'au 23 septembre, à Arles, www.rencontres-arles.com