Harry Benson a flashé la Beatlemania

DANIEL COUVREUR

lundi 16 juillet 2012, 10:06

Entre 1964 et 1966, les Beatles sont devenus plus célèbres que Jésus-Christ. Le photographe anglais Harry Benson était parmi eux. Il nous raconte ses souvenirs inédits de la Beatlemania.

Harry Benson a flashé la Beatlemania

ENTRETIEN

Au mois de février 1964, les Beatles partent à la conquête de l'Europe. Ils vont prendre d'assaut la salle mythique de l'Olympia pendant trois semaines, au rythme de deux à trois concerts par jour. Harry Benson, le reporter-photographe du Daily Express les accompagne nuit et jour pour immortaliser la Beatlemania. Cinquante ans plus tard, il publie un album de photos rares et expose tout l'été des tirages inédits chez Taschen, au Sablon, à Bruxelles. Nous l'avons rencontré pour savoir ce qui se cache derrière les photos du mythe.

Les Beatles sont frères sur vos photos. Il était impensable à l'époque qu'ils puissent se séparer un jour ?

Oh, il pouvait y avoir des tensions, bien sûr, comme on peut en vivre entre frères justement ! Le plus mâle de la bande, c'était Ringo. Il en avait ! Mais quand ils se disputaient, c'étaient pour des enfantillages. Par exemple, quand on venait leur proposer un projet de tee-shirt avec seulement trois des quatre Beatles dessus… Les bagarres portaient sur ce genre de détails, jamais sur la musique. Ils composaient n'importe où. Quand ils voyaient un piano, ils s'asseyaient et improvisaient une nouvelle chanson, même s'il y avait du monde. On pouvait les interrompre : « Eh, John ? Tu veux une bière ? » ou « Paul, tu prends quelque chose ? ». Ils ne vous balançaient jamais des trucs comme « Hey ! Vous ne voyez pas qu'on est en train de bosser ! » Rien de ce genre, jamais ! Ça a changé par la suite évidemment mais je n'étais plus là pour le voir. Sur cette photo, John et Paul composent en direct devant l'objectif. J'ai juste appelé George et Ringo pour qu'ils participent. Vous vous rendez compte qu'ils sont là, devant vous, en train de composer un nouveau tube !

Vous étiez conscient qu'ils écrivaient une page de l'histoire de la musique du XXe siècle ?

Non, pas du tout. Les Beatles eux-mêmes, Paul et John en tête, pensaient que leur succès durerait au mieux quatre ou cinq ans. Ensuite, John prévoyait de se reconvertir en joueur de guitare classique ! Ringo imaginait d'ouvrir un salon de coiffure pour dames. C'est comme ça que ça se passait en 1964. Et quand on demandait à Paul jusqu'à quel âge il comptait jouer du rock'n'roll, il répondait que les Beatles auraient l'air ridicules s'ils étaient encore occupés à sautiller sur scène à 40 ans. Aujourd'hui, il en a 70 comme moi et il est toujours en tournée ! C'est l'ironie du sort. Personne n'avait imaginé que la Beatlemania entrerait dans l'histoire, que la pop music transformerait la capitale britannique en « Swinging London », que les Beatles resteraient prisonniers à jamais de leur mythe. Je les ai revus après la séparation du groupe. Ils ont toujours été très sympas avec moi. Je crois que j'ai modestement contribué à construire leur image avec mes photos de la Beatlemania.

Expo The Beatles on the road 1964-1966 , jusqu'au 26 août, Taschen Gallery Brussels, 18 rue Lebeau, 1000 Bruxelles. Entrée gratuite. The Beatles on the road 1964-1966 , Harry Benson, édition multilingue numérotée et signée par l'auteur, 272 p., 500 euros.