We love you Yeah ! Yeah ! Yeah !

DANIEL COUVREUR

mercredi 18 juillet 2012, 10:02

Le 7 février 1964, les Beatles atterrissent aux Etats-Unis. Le 31 mars 1964, cinq de leurs 45-tours décrochent les cinq premières places du « Hot 100 ». Le photographe Harry Benson les accompagnait dans cette tournée de tous les records. Il nous en raconte les images mythiques.

We love you Yeah ! Yeah ! Yeah !

John, Paul, George et Ringo descendent de l’avion à New York, en 1964 La première tournée des Beatles aux Etats-Unis marquera le début de la « british invasion » dans les charts américains © Harry Benson

ENTRETIEN

Après avoir exporté la beatlemania à Paris, les quatre garçons dans le vent s'envolent pour les Etats-Unis avec le photographe Harry Benson dans leurs bagages. L'avion atterrit en février 1964. Le reporter du Daily Express immortalise le premier pas des Beatles sur le tarmac de New York. Aucun groupe anglais n'a encore réussi la conquête de l'Amérique. Les images de Benson vont aider les Beatles à changer le cours de l'histoire. Il nous dit ce qui se cachait derrière cette innocente descente d'avion.

Vous dites dans votre livre que vous aviez demandé aux Beatles, avant de sortir de l'avion, de se retourner et de sourire vers l'objectif. Cette joyeuse entrée aux Etats-Unis était donc une mise en scène ?

Je dois reconnaître qu'on a beaucoup parlé dans l'avion et qu'ils étaient un peu effrayés par les Etats-Unis. Les groupes anglais n'y avaient jamais rencontré de succès. On sortait de l'assassinat de John Kennedy, deux mois plus tôt. Le combat pour les droits civiques des Noirs occupait toujours le devant de l'actualité. Je pensais sincèrement que les Beatles pouvaient faire quelque chose pour rendre l'Amérique plus joyeuse. C'était mon avis et c'était le sens que je voulais donner à cette photo. C'est pour cette raison que j'ai pensé à cette image souriante de leur atterrissage. Ce devait être le signe annonciateur de l'optimisme retrouvé. Mais je ne leur ai pas forcé la main. Ce n'était pas mon rôle. Je leur ai simplement demandé s'ils acceptaient de jouer le jeu et ils m'ont répondu : « Yeah ! Yeah ! Yeah ! Yeah ! On le fait ! » Voilà comment ça s'est passé. Je n'appellerais pas ça de la mise en scène. Quand on la regarde, cette photo, c'est vraiment eux, comme ils étaient à l'époque, avec leur sorte de décontraction naturelle qui emportait tout sur son passage…

Au départ, vous ne vouliez pas les accompagner dans leur tournée. Pourquoi ?

Vous savez, j'étais un journaliste sérieux. Le Daily Express avait d'abord décidé de m'envoyer en Afrique. Je rêvais d'un grand reportage d'actualité. Je savais qui étaient les Beatles mais j'avais déjà mis mes shorts dans ma valise. J'allais m'envoler pour l'Ouganda, le Kenya, le Tanganyika… Et puis j'ai reçu un coup de fil, tard dans la nuit. La rédaction me demandait d'annuler et de partir avec les Beatles pour Paris le lendemain matin. J'ai expliqué que je tenais à ce reportage africain. J'aurais préféré que les Beatles soient confiés à quelqu'un d'autre. Cinq minutes plus tard, je raccrochais, sûr de les avoir convaincus de me laisser partir en Afrique. Mais le téléphone sonnait à nouveau quelques instants plus tard pour me donner l'ordre militaire d'accompagner les Beatles en tournée à Paris, puis à New York et à Miami… Inutile de dire que j'étais un peu désenchanté mais j'ai vite compris que le journal avait fait le bon choix avec la révélation de la beatlemania.

The Beatles on the road 1964-1966 , jusqu'au 26 août, Taschen Gallery Brussels, 18 rue Lebeau, 1000 Bruxelles. Entrée gratuite. The Beatles on the road 1964-1966 , Harry Benson, édition multilingue numérotée et signée, 272 p., 500 euros.