Cuba avant, pendant et après la révolution

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 01 août 2012, 13:15

Musée de la photographie invite à découvrir Cuba au-delà des images de plage et de révolution.

Cuba avant, pendant et après la révolution

Ecole rurale avec le portrait d’Antonio Maceo, Santiago de Cuba Photo : Moises Hernandez

Un portrait de Che Guevara, un autre de Fidel Castro, quelques images de révolutionnaires pénétrant dans La Havane : ce sont les clichés auxquels on pense aujourd'hui lorsqu'on nous parle de la photographie cubaine. Il en existe pourtant beaucoup d'autres comme le démontre la belle exposition Cuba, un siècle de photographie, que présente actuellement le Musée de la photographie à Charleroi.

Pratique

Jusqu'au 16 septembre au Musée de la photographie à Charleroi, 11 avenue Paul Pastur, Charleroi (Mont-sur-Marchienne). Infos : www.museephoto.be

L'exposition n'était pas vraiment prévue au programme de l'institution qui comptait présenter cet été une rétrospective du photographe de guerre James Nachtwey. Une accumulation de problème dans les tractations avec ce dernier a fini par amener à l'annulation du projet, remplacé par l'exposition cubaine.

On aurait tort de prendre celle-ci pour un simple plan b de sauvetage. Elle est née, en effet, de longues recherches dans les fonds de la Photothèque de Cuba mais aussi dans différentes autres collections. Son ambition : retracer l'histoire de la photographie cubaine au vingtième siècle. À cet égard, un passage trop rapide dans les salles pourrait donner une impression d'uniformité due à la fois au noir et blanc omniprésent et aux sujets traités par les différents photographes.

Une photographie à découvrir

C'est plus notre méconnaissance du sujet que l'intérêt de celui-ci qui est en cause. En y regardant de plus près et en s'informant grâce aux indispensables légendes, on découvre que certaines photographies assez semblables révèlent des réalités bien différentes : avant et après la révolution par exemple. On découvre surtout que la photographie cubaine existait bel et bien avant la révolution et offre un témoignage remarquable de la vie à cette époque.

On y trouve toutes les tendances et tous les types d'images avec une forte connotation sociale. À côté de l'élégance et de l'insouciance de la bonne société se délassant lors des grands bals n'ayant rien à envier à ceux des Etats-Unis voisins, certains entreprennent de montrer la vie quotidienne, nettement plus rude, du peuple cubain. Tandis qu'un Joaquin Blez réalise des portraits et des nus qui suscitent l'admiration de la haute bourgeoisie locale, d'autres accompagnent la montée en puissance des mouvements de revendication, les premiers affrontements, les manifestations, les interventions de l'armée et enfin, la révolution.

Celle-ci va évidemment générer une multitude d'images qui feront le tour du monde avec, en tête de celles-ci le formidable travail de Raul Corrales qui accompagne les révolutionnaires ou celui d'Alberto Korda, auteur du portrait le plus célèbre de Che Guevara.

Korda résume d'ailleurs à lui seul, une certaine évolution de la photographie cubaine. Né en 1928, il avait été photographe publicitaire et reporter. Avant la révolution, il était particulièrement réputé pour ses photographies… de mode. Suivant Castro, Guevara et les autres, il se mua en photographe officiel de la révolution sans en retirer pour autant la moindre reconnaissance (son portrait de Che Guevara, le plus reproduit dans le monde, fut longtemps considéré comme réalisé par un photographe inconnu). Lorsqu'enfin on lui rendit justice, dans les années 90, il s'était depuis longtemps reconverti dans la photographie sous-marine.

Car l'après-révolution n'engendra pas qu'une photographie sociale et politique. On découvre au contraire des œuvres poétiques ou conceptuelles qu'on peut sans trop de mal rattacher aux tendances du réalisme magique présent dans toute l'Amérique latine.

Un panorama qui, sans être révolutionnaire, remet Cuba sur la carte de la photographie mondiale.