Pour le Bois du Cazier, Sergio Salma devient le crayon de la mine
JEAN-FRANCOIS LAUWENS
mardi 07 août 2012, 10:54
Alors que l'on célèbre ce mercredi les 56 ans de la catastrophe du Bois du Cazier, Sergio Salma consacre un roman graphique à cette tragédie. En noir et blanc, il fait revivre le drame et l'attente insupportable qui suivit l'accident.
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MMarcinelle. Dans la mémoire collective belge, cette banlieue de Charleroi est inscrite à deux titres très différents. La catastrophe du charbonnage du Bois du Cazier, 262 mineurs tués à cause d'un chariot bloqué dans la cage le 8 août 1956. Et la fameuse « école de Marcinelle » fondatrice de la lignée d'auteurs géniaux du journal Spirou et des éditions Dupuis. Réunir ces deux mondes en un seul album, voilà un pari qu'il fallait être un peu fou pour réaliser. Et c'est Casterman qui a fait atterrir le projet dans sa belle collection de romans graphiques noir et blanc.
Un honneur pour Sergio Salma, 52 ans, que l'on connaissait jusqu'ici surtout pour une série aux antipodes de cette uvre forte, les 20 albums de Nathalie, une gamine obsédée par les voyages. « En réalité, ceci correspond pourtant plus à ce que je sais faire, glisse Sergio Salma. Dans une carrière d'auteur, il y a des opportunités éditoriales. J'en ai eu une dans le domaine jeunesse avec Nathalie mais, dès 1989, j'avais écrit une première histoire sur Marcinelle pour A suivre, donc en noir et blanc. Puis, j'en ai fait un récit court en couleurs dans Tintin reporter. En reprenant ce projet il y a 7 ans dans la perspective des 50 ans de la catastrophe du Bois du Cazier, le noir et blanc s'est rapidement imposé : c'est une histoire noire comme le fond de la mine en opposition au blanc et à la clarté de la surface. »
Et le résultat est somptueux. Salma avoue avoir « longtemps tourné autour du sujet ». Un sujet qui est évidemment un peu le sien puisqu'il est né à Charleroi dans une famille originaire du sud de l'Italie. « Mon père n'était pas mineur mais ouvrier et personne dans mon entourage n'a été touché personnellement par cette tragédie. Par contre, chaque fois que nous rencontrions des amis, des voisins, la mine était au centre des conversations. Tous étaient mineurs, les pères de mes copains d'école étaient silicosés. Ma mère, qui habitait Farciennes en 1956, m'a raconté être venue attendre devant les grilles du Bois du Cazier dans l'espoir de voir remonter des survivants quelques jours plus tard. C'est d'ailleurs surtout les jours qui ont suivi la catastrophe que je restitue avec ces images marquantes de la foule devant les grilles du charbonnage car, finalement, on ne sait rien de ce qui s'est passé au fond de la mine. »
Malgré la force de son récit, Salma évite tout misérabilisme et toute nostalgie. « Ce quotidien des Italiens du Hainaut, c'était le mien mais ce n'était pas Germinal, les gens étaient heureux. Dans les années 30, les mineurs étaient des esclaves, oui. Ils ont été abandonnés par l'Italie et c'est la Belgique qui les a nourris. Ici, ils sont montés dans l'échelle sociale, ils ont pu s'acheter des maisons et envoyer leurs enfants à l'école. L'Italie n'est pas mon pays d'attache. »
Enthousiasmé par son sujet, Salma a toutefois décidé de mettre Nathalie en veilleuse pour rester dans la thématique. « Dans ce deuxième récit, je raconterai justement l'histoire d'un mineur qui fait des triples journées pour pouvoir au plus vite retourner au pays. Cela m'a été inspiré par un voisin de mes parents : il s'est massacré la santé pour se construire un palais en Sicile. Mais il est mort dans son coron en Belgique parce que, évidemment, ses enfants n'ont jamais voulu aller vivre dans ce trou perdu. »
Marcinelle 1956, par Sergio Salma, collection Ecritures, Casterman, 256 p., 17 euros. Exposition de planches originales de l'album jusqu'au 30 septembre au Bois du Cazier à Charleroi. Séance de dédicaces et entrée gratuite le 9 septembre.