Controverse vaticane sur « Habemus papam »

VANJA LUKSIC

jeudi 21 avril 2011, 09:47

La sortie en Italie du nouveau film de Nanni Moretti, Habemus Papam, est un événement. Le plus doué des cinéastes italiens, pour parler comme son alter ego le psychanalyste (appelé au chevet d'un pape paniqué par son élection) qu'il incarne dans ce film superbe, s'est surpassé.

Controverse vaticane sur « Habemus papam »

Michel Piccoli est formidable dans le rôle de ce pape élu qui ne se sent pas à même de supporter cette charge © D R

ROME

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Au cours du week-end, les recettes ont effleuré 1,3 million d'euros, presque autant que le très populaire dessin animé en 3D, Rio. Dans un pays où les plus grands succès sont de vulgaires et stupides comédies qui sortent surtout dans la période de Noël, les cinepanetone, c'est un miracle !

Sélectionné à Cannes, le film a été tourné non pas au Vatican, comme pourrait l'indiquer son titre – la formule utilisée pour annoncer l'élection d'un nouveau pape – mais dans divers palais, dont le magnifique siège de l'ambassade de France, le Palazzo Farnese.

La plupart des critiques l'encensent. L'Eglise est partagée. Le critique de la revue des Jésuites Civiltà Cristiana est enthousiaste, comme celui de Radio Vatican, tandis que dans L'Avvenire, le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, un vaticaniste appelle au boycott du film, tout en avouant ne pas l'avoir vu ! Le site catholique traditionaliste Pontifex a même déposé plainte contre le cinéaste et les producteurs pour « outrage au pape en tant que chef d'Etat »…

En réalité, l'athée Nanni Moretti est extrêmement respectueux et fait preuve d'une grande humanité lorsqu'il décrit, avec leurs angoisses et leurs petits travers, les participants au conclave. Jean Paul II vient de mourir et ils doivent élire son successeur. L'élu est un cardinal plutôt obscur, Melville (un hommage du cinéphile Moretti) qui, pris de panique, refuse de se présenter à la foule qui l'attend, place Saint-Pierre et dans le monde entier.

Un théâtre

Inspiré à la fois par Jean Paul II et par Benoît XVI (qui parlait de son élection comme du « couperet d'une guillotine ») Melville qui, lui, n'a pas la force d'être ce pape qui « devra changer tant de choses » est interprété par un fabuleux Michel Piccoli. « Même quand il ne dit rien, on voit tout sur son visage », écrit un critique. Le suivre lorsqu'il s'enfuit du Vatican et s'offre des vacances romaines un peu différentes, certes, de celles d'Audrey Hepburn, est un bonheur.

En regardant ce film, on est frappé par une évidence : un cinéaste romain ne peut pas ne pas s'inspirer de ce théâtre grandiose qu'est le Vatican. « Toutes les villes d'Italie avaient un théâtre, Rome avait Saint-Pierre », a dit un jour un cardinal. Federico Fellini l'avait bien compris. Un des clous de Roma n'est-il pas le défilé de mode du Vatican ? « Fellini et Rossellini auraient aimé ce film », affirme un critique.

Les cardinaux de Habemus Papam qui s'amusent comme des enfants lors du tournoi de volley organisé par le psychanalyste ressemblent aux moines qui jouaient leur propre rôle dans le film de Roberto Rossellini sur saint François (Francesco, Giullare di Dio). Dans les couloirs du Vatican de Moretti, il n'y a pas de complots, pas de courtisans, pas de pédophiles. Seulement des êtres humains, fragiles, un peu perdus, dont le plus grand défaut est de vivre en dehors du monde réel.