Mostra : Cronenberg émeut, Garrel ennuie

NICOLAS CROUSSE

vendredi 02 septembre 2011, 14:52

Au menu du jour, ce vendredi en compétition à la Mostra de Venise, deux films aussi différents dans le sujet que dans la qualité. Par Nicolas Crousse, envoyé spécial à Venise

Avec A Dangerous Method, David Cronenberg signe un film d'une (très belle) facture classique, en prenant pour sujet la naissance de la psychanalyse. On y assiste à la rencontre professionnelle entre Sigmund Freud, (Viggo Mortensen) et Carl Jung (Michael Fasbender), qui considère son aîné autrichien comme une figure paternelle. Une relation faite tout d'abord de stimulation intellectuelle, d'échanges passionnés et de recherches constantes. Avec pour seul objectif la volonté de comprendre les mécanismes jusque-là obscurs du cerveau. Mais peu à peu, la relation se dégrade, Jung jugeant réductrice l'obsession sexuelle de Freud, et ce dernier considérant les méthodes de Jung peu scientifiques et dangereusement fantaisistes.

 

L'intérêt du film tient en son troisième personnage : Sabina Spielrein (Keira Knightley, très convaincante), patiente internée en 1904 dans le centre de Jung, à Zurich, alors qu'elle est en proie à de violentes crises de démences. Bientot, les méthodes de Jung font leur effet. Sabina, qui se soigne à coup de confessions et révèle son plaisir masochiste pour les situations d'humiliations, relève la tete. Devient une brillante collaboratrice de Jung. Déploie un charme aussi sauvage que naturel. Et finit par conquérir le cœur et le sexe de son professeur particulier. On assiste alors à un étonnant transfert, Jung, homme marié à une femme tendre mais visiblement en manque d'adrénaline sexuelle, finissant par céder à la passion amoureuse… jusqu'à sombrer dans la dépression. Sabina est quant à elle sauvée.

La force du film de Cronenberg tient en son ton sobre et subtil, teinté d'un romantisme d'autant plus remuant qu'il est discret et sans emphases. Pas question, chez Cronenberg, de bras de fer aboutissant à la victoire de Freud ou celle de Jung. Les êtres sont ce qu'ils sont, avec leurs contradictions et parfois leurs souffrances. Une vraie réussite.

Les Bas de Hurlevent

On ne peut pas en dire autant d'« Un été brûlant », le film de Philippe Garrel, qui voudrait bien s'inscrire sur un mode passionnel, tendance Les hauts de Hurlevent à l'ère contemporaine. Dès les premiers plans, on y voit Monica Bellucci, étendue nue et nous tendant le bras, comme dans le tableau de Manet. Mais ici, les désespoirs de nos protagonistes (Louis Garrel et Monica Bellucci au premier plan) sont bien légers… et sacrément lourds à digérer sur écran. L'éternelle valse aux adieux, retrouvailles, crises (« je te déteste », « je t'aime »…), re-adieux, chantages aux suicides, nous agace prodigieusement. C'est le touche-pipi du romantisme. On suggère courtoisement un autre film : Les bas de Hurlevent. Basta ! Et même Monica peut aller se rhabiller.