« Tous les films que je fais sont des rêves d'enfants »

à Propos recueillis par ADRIENNE NIZET, ; Blesle

mercredi 28 septembre 2011, 12:08

Entretien Christophe Barratier, le réalisateur des « Choristes », livre la « Nouvelle Guerre des boutons ». Un film tendre qui tient la route grâce à une formidable bande de gamins.

« Tous les films que je fais sont des rêves d'enfants »

« Chez les enfants, faire les bons choix au casting représente 90% de la direction d’acteurs » © DR

Pour son cinquième long-métrage, Christophe Barratier reste dans la veine du cinéma populaire. En France, où le film est sorti la semaine dernière, il est en tête du box-office.

Après « Les Choristes », vous voici de nouveau à la direction d'enfants. Un plaisir ?

Tous les films que je fais sont des rêves d'enfants, donc allons au bout des choses, faisons-les avec des enfants ! Avec cette particularité dans la direction d'acteurs : les gamins ne sont pas des comédiens, ils ont la nature du personnage ou ne l'ont pas. Par conséquent, 90 % de la direction d'acteurs dans ce cas, c'est faire le bon choix lors du casting. Les 10 % qu'il me reste à faire ensuite, c'est leur donner des trucs, bien les coacher. Leur expliquer les scènes et les mettre en situation. La plupart de ces enfants n'ont jamais vu une caméra, et il faut arriver à les faire tourner. C'est pour moi un des grands plaisirs, et même un devoir, du metteur en scène : révéler des nouveaux talents plutôt que de se satisfaire de ceux qui sont déjà connus.

Votre petit Gibus (Clément Godefroy), par exemple.

Il est parfait ! J'avais décrit ce que je cherchais sur RTL : la fantaisie, l'humour, la tendresse… Clément était déjà ce personnage-là. Je me suis dit que j'aurais réussi mon coup si, à la fin du film, tout le monde avait envie de l'adopter. Et déjà sur le tournage, je peux dire que le pari est gagné.

A 8 ans, il parvient à tourner ?

Avec lui, Gérard (Jugnot, NDLR) est mon complice et mon allié. En plus, comme il est aussi metteur en scène, il connaît les difficultés qu'on peut avoir avec les enfants et sa générosité m'aide à les gérer. Ce n'est pas à eux de se mettre à notre discipline, mais à nous d'adapter notre manière de faire.

Vous avez choisi un casting de poids : Jugnot, Merad, Canet…

J'ai toujours travaillé comme ça : j'aime bien utiliser souvent les mêmes acteurs. Mais j'ai aussi besoin de faire venir des nouvelles têtes. Avec Laetitia Casta et Guillaume Canet, j'élargis ma famille. C'est un peu comme pour une équipe de football : on a besoin d'un socle de joueurs qu'on connaît bien, et puis on peut inclure de nouveaux talents.

Pourquoi avoir choisi pour contexte la Seconde Guerre mondiale à votre guerre des boutons ?

Quand j'ai relu le livre de Louis Pergaud, je me suis dit : c'est bien, mais on ne sort pas de la guéguerre entre deux villages. Et j'avais peur qu'aujourd'hui, ce soit un peu épuisant. Il me fallait un ressort dramatique plus fort et j'aimais l'idée que, pendant que se joue la guerre des boutons, se joue aussi la grande guerre des humains. Qui forcément, pèse sur celle des enfants.

Comment faire pour ne pas singer le film d'Yves Robert ?

Il faut créer une nouvelle histoire : se dire « je repars du livre et j'essaie d'oublier totalement le film, et essayer de faire le meilleur film possible ». On ne peut pas vivre dans la comparaison. Ici, les époques ne sont pas les mêmes, il y a de nouveaux personnages… Evidemment, ça porte le même titre, mais c'est tellement différent que les gens auront l'impression de voir un nouveau film.

Vous avez travaillé avec un timing très serré ?

Ce film aura été fait en neuf mois, comme une grossesse. Mais ce timing est presque devenu un avantage. J'ai réalisé que l'urgence me rendait beaucoup plus créatif. En fait, elle m'a galvanisé.