On a vu Tintin : un grand film d’aventures populaire

DANIEL COUVREUR ET NICOLAS CROUSSE

mardi 11 octobre 2011, 15:09

Mardi matin, « Le Secret de la Licorne » a été projeté pour la première fois en Belgique, dans la salle du Grand Eldorado de l’UGC-De Brouckère, à Bruxelles. Nous sommes ressortis de la salle les yeux scintillants comme une boule de cristal.

On a vu Tintin : un grand film d’aventures populaire

DR

Le film s’ouvre sur les images d’Hergé au Vieux Marché. L’artiste est au travail. Il brosse le portrait d’un personnage bien connu sur la place dont le spectateur ne voit que les culottes de golf… Quand il tend l’œuvre terminée à Tintin, le tableau a la ligne claire d’une bande dessinée ! Au-delà de l’hommage émouvant au créateur de Tintin, ce stratagème permet au héros de se libérer des cases et d’exister pour lui-même : une autre aventure peut commencer, celle que Spielberg a imaginée pour lui…

A l’écran, Tintin va se trouver une vraie personnalité. Milou n’a plus besoin de parler pour sauver son maître quand il est en péril. Le capitaine Haddock a tout du vrai boit-sans-soif mais c’est la faute à son ancêtre, si chevaleresque qu’il a mis des complexes à ses descendants devenus alcooliques de père en fils ! Au-delà de ces détails familiers, attendez-vous à être surpris. Le réalisateur d’Indiana Jones prend sa liberté par rapport à l’œuvre originale : le château de Moulinsart est en ruines et Monsieur Sakharine, le collectionneur de modèles réduits, cache un méchant plus dangereux que le Docteur Müller… La Castafiore, qui n’avait rien à faire dans cette histoire, est l’invitée d’Omar Ben Salaad et révèle un vrai talent de cantatrice. Il n’y a que le capitaine et Milou pour rester sourds à ses vocalises. Au-delà du scénario, c’est l’interprétation qui nous a convaincus. Andy Serkis réussit un formidable numéro d’acteur en capitaine Haddock. Simon Pegg et Nick Frost font des Dupond-Dupont au « non sense » très british. Daniel Craig transcende Sakharine en un personnage si impressionnant qu’on se demande pourquoi Hergé ne l’a pas creusé davantage. Spielberg réussit même à donner de l’âme à Nestor ! Les décors sont prodigieux et les clins d’œil à la bande dessinée d’une rare pertinence.

Avec ce Secret de la licorne, qui concrétise – enfin – son vieux rêve tintinophile, Steven Spielberg signe et réussit haut la main un grand film d’aventures populaire, au meilleur sens du terme. Rythmé, coloré, plein de relief, le film alterne l’intrigue et le côté jeu de pistes avec un arrière-plan souvent enlevé, léger, parfois même désopilant.

C’est en présentant, il y a trente ans déjà, le premier volet des aventures d’Indiana Jones que Steven Spielberg avait fait, de passage en Europe, la découverte du foisonnant monde d’Hergé.

Ce film, comment le nier, résume trente ans d’amour, et trente ans d’une passion de galopin, celle de Spielberg pour le monde de Tintin. Avec un plaisir juvénile qui se ressent d’emblée – aucun doute possible sur la sincérité de la démarche. Et mis à part une quinzaine de minutes, où le réalisateur d’E.T. sacrifie sans doute inutilement à la loi des cascades chère au cinéma hollywoodien, on ne cherchera pas la petite bête : l’enthousiasme et l’esprit de l’enfance, indissociable du cinéma de Spielberg, nous contaminent ici sans réserves. Le film, que Spielberg viendra présenter à Bruxelles samedi 22 octobre, sera sur nos écrans le 26.