Maïwenn : « Chaque agresseur est une ancienne victime »

FABIENNE BRADFER

mercredi 19 octobre 2011, 10:34

Maïwenn : « Chaque agresseur est une ancienne victime »

La brigade des mineurs (ici, Karin Viard) en pleine action © DR

Une humanité à fleur de peau. C'est ça que Maïwenn (Pardonnez-moi, Le bal des actrices) a cherché dans ses acteurs pour camper la brigade des mineurs qu'elle filme au quotidien, sur le terrain. C'est ça aussi qu'elle dégage en interview. Avec une distance qui met du temps à s'estomper. Car derrière, c'est déluge de démons, de blessures et d'émotions.

On se souvient de votre émotion à Cannes quand vous avez reçu le prix du Jury…

Je n'y croyais pas ! Mon film est très bavard, il a un humour très français. J'étais persuadée qu'un jury international n'adhérerait pas au film, qu'il passerait à côté de l'émotion. Je me suis trompée.

Quel était votre challenge ?

Ne pas être uniquement dans la révolte. Imposer aussi mon envie visuelle de filmer des états, des émotions. Avoir des intentions.

Et diriger pas mal de monde ?

Ça a été la pire expérience de ma vie ! L'accueil à Cannes a soigné ce gros traumatisme. Car j'ai été traumatisée, par l'ambiance de tournage. Ce fut très dur de diriger ce groupe qui avait tendance à me diaboliser car si, dans la vie, on boit des coups et on déconne ensemble, sur le plateau, je n'étais plus la même car j'étais concentrée. On ne s'est pas toujours compris, le groupe et moi. J'ai énormément souffert mais je n'ai jamais perdu l'idée que j'avais en tête.

Vous avez passé du temps au sein de la brigade des mineurs. Le plus marquant ?

Ressentir de la compassion pour les agresseurs. Je suis sortie de la brigade en me disant que chaque agresseur est une ancienne victime et si elle ne l'est pas, elle a forcément un manque d'amour, un manque de communication.

Ce qu'on entend dans le film est violent. Des témoignages vous ont-ils bouleversée, déroutée ?

Ni bouleversée ni déroutée car le chemin pour arriver à des aveux, je le connais étant moi-même une ancienne victime. Le chemin des policiers qui poussent quelqu'un à faire des aveux, j'ai l'impression de le connaître aussi. J'ai été plutôt réconfortée dans l'idée de la puissance des mots. Face à ces policiers, j'ai eu l'impression de rencontrer des gens qui faisaient partie de la même famille que moi, de cette planète lointaine où des gens disent qu'on peut sauver un être humain de son état émotionnel en prononçant certaines phrases que moi j'estime magiques. Or, toute ma vie, j'avais entendu un disque récurrent : « Ça sert à rien qu'on dise pardon, ça changera pas ta vie ! » Et tout à coup, à 35 ans, j'entends un policier dire à un agresseur : « Monsieur, avec le dossier qu'on a, vous allez en prison mais ça ne va pas reconstruire cet enfant. En revanche, si vous lui dites : “Je reconnais ce que je t'ai fait, je te demande pardon, c'était une erreur…” Ces paroles-là, Monsieur, vont reconstruire cet enfant. Donnez-lui au moins cette chance. »

Vous parlez de la force des mots. En devenant cinéaste, avez-vous senti la force des images ?

C'est plus compliqué que ça. Derrière les images, il y a l'imaginaire. Et ça, c'est très vertigineux.

Donc le ciné, pour vous, c'est… ?

Tout ce que la vie personnelle ne m'apporte pas. Il comble tous mes manques. C'est très triste. J'adorerais inverser les choses. Je fais du ciné comme je fais ma vie, sans demi-mesure. Je ne compartimente rien ! D'ailleurs, avec ce film j'ai compris qu'il est très dangereux de tourner avec les gens qu'on aime. Faire un film, c'est accepter une grande solitude.