Il était une fois, pendant la Première Guerre…

DIDIER STIERS

mercredi 01 février 2012, 10:21

Entre « Tintin » et son futur « Lincoln », Steven Spielberg signe « War horse ». Un film à l’ancienne.

Comme disait Winston Churchill : « Le cheval est dangereux devant, dangereux derrière et inconfortable au milieu. » Le seul qui lui donnera peut-être tort d’ici peu, c’est Steven Spielberg, bel et bien reparti dans la course aux Oscar avec War horse. Ce film de près de deux heures et demie (quand même) avec lequel il nous revient en ce début février est nominé dans pas moins de six catégories. Dont celle du meilleur long-métrage, de la meilleure direction artistique et de la meilleure photographie.

A l’origine, War horse est un roman pour enfants écrit par le Britannique Michael Morpurgo en 1982. L’homme avait été marqué par les récits d’ex-soldats de son village du Devon, à tel point qu’il a en a tiré cette étonnante histoire d’amitié entre un jeune paysan et son cheval, une amitié dont les fils se renoueront miraculeusement malgré la Première Guerre.

L’histoire de cette adaptation hollywoodienne ne s’arrête pas là : le bouquin est ensuite devenu une pièce mise en scène à Londres en 2007. Particularité : le cheval y était « incarné » par une sorte de grande marionnette animée de l’intérieur par des manipulateurs. « Vous devez voir cette pièce, insiste le romancier. Je précise aussi que c’est elle qui a déclenché le projet de film, même si j’aimerais dire que c’est par le livre qu’il est arrivé… » Pour l’anecdote, Morpurgo vit dans une ferme où il s’occupe aussi d’une association accueillant des enfants défavorisés. « Ils vivent dans un bâtiment, de l’autre côté de la route. Quand le téléphone sonne, vu la responsabilité, on décroche toujours, même le week-end. Mes gosses que ça commençait à fatiguer ont fini par plaisanter en disant à chaque fois : “On ferait mieux de décrocher, ça pourrait être Spielberg.” Je vous le jure ! Jusqu’au jour où c’est ce qui s’est passé. Mais je n’ai cru au projet que quand je l’ai rencontré et senti à quel point il le passionnait. »

C’est à Londres que Kathleen Kennedy, productrice attitrée de Spielberg depuis le début des années 80, découvre l’œuvre : « J’étais en vacances avec mes filles, j’en avais entendu dire du bien, mais sans savoir à quoi j’allais assister. Cette pièce m’a bouleversée. Dès mon retour, je suis allé trouver Steven qui s’occupait de la musique de Tintin. Je lui ai montré quelques extraits sur YouTube. Il a pensé que c’était une histoire intéressante et qu’il pouvait en tirer un film. »

« Il n’existe pas de recette »

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chez Monsieur Steven, il n’y a pas de piles de scénarios attendant les attentions du Maître. « Il n’existe pas de recette qui déclenche son intérêt, explique la productrice. Il réagit à ce qu’il lit ou voit… Oui, on nous soumet beaucoup de matériel, mais la majorité de nos films sont finalement des idées qui ont été développées par nos soins. » Et, comme le soulignait Michael Morpurgo, avec lesquels le réalisateur entretenait un lien émotionnel assez fort que pour avoir envie de se mettre au travail et solliciter son imagination.

S’il en est dont l’imagination a ici été mise à rude épreuve, c’est bien la plupart des acteurs. A commencer par Jeremy Irvine, qui incarne Albert Narracott, le jeune et premier maître de ce « cheval de guerre ». Deux ans auparavant, il effectuait ses débuts sur les planches : « Je jouais sans texte, un arbre ! Je comptais me plonger dans un travail acharné, en me disant que j’allais en tirer un maximum de plaisir et que pour percer, je devrais me contenter de ça. Et puis voilà, je me retrouve dans un film où, non seulement j’ai du texte, mais où je joue sous la direction de Steven Spielberg. C’est le genre de choses dont on n’ose même pas rêver. »

Quant à savoir à quoi rêvaient les nombreux acteurs à quatre pattes convoqués pour War horse, on ne le saura jamais. « L’histoire est tellement dépendante de la performance du cheval, reprend Kathleen Kennedy, que c’était là le principal challenge de cette réalisation. »

Encore fallait-il mettre la main sur ceux (ils sont deux à se partager l’essentiel du rôle principal) qui lui convenaient…