Spielberg : « J’ai été frappé par la masse de chevaux morts »

DIDIER STIERS

mercredi 01 février 2012, 10:26

A travers « Cheval de guerre », Steven Spielberg reconstitue minutieusement la Grande Guerre, cette broyeuse de corps et d’âmes. Un entretien de Didier Stiers

Spielberg : « J’ai été frappé par la masse de chevaux morts »

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Steven Spielberg est bel et bien reparti dans la course aux Oscar avec « War horse » : ce film de près de deux heures et demie est nominé dans pas moins de six catégories, dont celle du meilleur long-métrage, de la meilleure direction artistique et de la meilleure photographie.

A l’origine, « War horse » est un roman pour enfants écrit par le Britannique Michael Morpurgo en 1982. L’homme avait été marqué par les récits d’ex-soldats de son village du Devon, à tel point qu’il a en a tiré cette étonnante histoire d’amitié entre un jeune paysan et son cheval, une amitié dont les fils se renoueront miraculeusement malgré la Première Guerre.

Au-delà de l’histoire, quelle est la valeur éducative de votre film auprès du jeune public ?

On sait que les enfants apprennent de manière exponentielle à partir des médias dont ils disposent. Notre responsabilité en tant que réalisateurs est donc grande. Surtout quand un film traite de faits historiques : ils doivent être correctement rendus. Nous avons effectué beaucoup de recherches, au-delà même de ce que vous voyez et percevez dans « War horse ». Dans celles où je me suis plongé, j’ai été frappé, outre par le nombre de victimes tombées dans les deux camps, par la masse de chevaux morts pendant ce conflit. La Grande Guerre marque la fin de l’emploi du cheval en tant que « véhicule », si vous voulez. Les machines, les tanks, les avions, les armes chimiques, tout ça y a par contre été utilisé pour la première fois. C’est un peu comme si cette guerre avait servi de laboratoire alors qu’ils pensaient qu’elle serait la dernière. Je pense que tout ceci est susceptible d’intéresser un jeune public.

Pourquoi travailler avec des acteurs jeunes et inconnus comme par exemple ici Jeremy Irvine ?

J’ai choisi Jeremy parce qu’il partage avec certaines stars une qualité ineffable : il n’a qu’à paraître pour se détacher du lot. J’ai vu des centaines de jeunes acteurs et de nouveaux venus : aucun ne communiquait cela. Lui dégageait quelque chose sans même rien dire. Il a passé cinq auditions, et je le trouvais meilleur à chaque fois. J’ai l’habitude de travailler avec des acteurs inexpérimentés. C’était Drew Barrymore pour « E.T. », Christian Bale pour « Empire of the sun »… Ce qui arrive souvent avec des nouveaux venus, c’est qu’ils bloquent, face à la caméra. Ou ils imitent. Moi, je cherche l’authenticité, et mon travail consiste à leur permettre d’être eux-mêmes.

A votre avis, lequel de vos films a-t-il constitué un véritable tournant dans votre carrière ?

Sans aucun doute le premier « Jaws ». Jusque-là, j’étais un réalisateur à qui on confiait des projets. Mais « Jaws » a connu un tel succès que j’ai pu commencer à tourner tout ce que je voulais. Hollywood m’a signé un chèque en blanc. Je rêvais de tourner un film à propos de soucoupes volantes, mais avant « Jaws », personne ne voulait entendre parler de ce genre de choses. J’avais beau leur dire qu’une scène avec l’atterrissage d’un gros vaisseau-mère, ça allait être génial, les gens pensaient que j’étais fou ! Dès que « Jaws » a cartonné, les mêmes sont venus me demander ce qu’il en était de ce film avec mes soucoupes volantes !