Coppola, ébranlé par le drame de Sierre

NICOLAS CROUSSE

dimanche 18 mars 2012, 18:32

Le réalisateur du « Parrain » explique au Soir combien le drame de Sierre, qui frappe aujourd’hui la Belgique, le touche intimement. En 1986, il perdait son fils aîné dans un accident de hors-bord. « Je présente mes condoléances aux Belges pour cette terrible perte », nous dit-il.

Coppola, ébranlé par le drame de Sierre

© AFP

Nous avons rencontré, vendredi en fin d’après-midi à Paris, Francis Ford Coppola. L’entretien, à paraître au moment de la sortie belge de Twixt (le 11 avril), fut aussi nourri que passionnant.

D’entrée de jeu, le réalisateur du Parrain et d’Apocalypse Now a fait un lien solennel, en évoquant Twixt, avec l’actualité belge et la tragédie de Sierre. L’homme se sent personnellement concerné, et pour cause : en 1986, son fils aîné, Gian-Carlo, avec qui il travaillait de façon très proche, mourait dans un accident de speed boat sur une rivière du Maryland. Tout cela au moment où Coppola tournait un film, Jardins de pierre, dans lequel il filmait la mort d’un fils.

« Vous êtes de Belgique, observe Coppola. Avec ce qui vient de se passer chez vous cette semaine, vous savez combien la vie, ce sont parfois des larmes qui succèdent aux rires. Vous êtes là, dans l’insouciance, et soudain quelque chose de terrible assombrit tout. Avant qu’un jour, de belles choses reviennent vers vous, là aussi, comme par surprise. Laissez-moi vous dire que je présente mes condoléances aux Belges, pour cette terrible perte. »

Dans Twixt, un écrivain en mal d’inspiration (Val Kilmer) est nuitamment visité par des rêves étranges, qui le conduisent vers le fantôme d’une mystérieuse jeune fille (Elle Fanning). En cours d’écriture, Coppola s’est aperçu que ce fantôme gothique le renvoyait à celui de son fils perdu. « Le sujet du film, c’est celui de la perte, au sens large : perte d’argent, de succès, de stabilité. »

Mais il est aussi question de la perte accidentelle d’un enfant. « Je sais et je comprends en mon for intérieur ce que c’est, reprend-il. J’y ai été personnellement confronté. Cela aurait pu être un accident de moto, de voiture ou de cheval. Ce fut un accident de bateau. Un accident où je n’étais pas là. J’aurais dû être là. Je n’y étais pas. Voilà. » Et Coppola de faire le lien avec l’accident de Sierre. « Je suis sûr que les parents de ce terrible accident doivent ressentir une responsabilité. Mon cœur va droit vers eux. »