Pour le fan, Cloclo reste unique
GUY MILECAN
lundi 19 mars 2012, 10:38
Un de nos journalistes, grand fan de Claude François devant l'éternel, a été voir le film avec Jérémie Renier. Son jugement est quelque peu différent de celui de notre critique cinéma... D'accord avec lui ? Participez à notre sondage.
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Jérémie Renier n'a pas de mouron à se faire : sortir de la peau de Claude François lui sera facile, vu qu'il n'y est entré ni en profondeur ni avec amour. Pour le fan que je suis, c'est perceptible d'un bout à l'autre du film, de façon crescendo à mesure que ce récit chronologique, sans surprise ni originalité, s'égrène vers l'époque adulte de sa gloire. Le look, il l'a. D'ailleurs l'acteur belge n'a pas été choisi par hasard. Son regard, son nez, son menton, son timbre de voix naturel, sa petite taille constituaient une base évidente pour les doigts d'un maquillage professionnel. Mais ce qui a crevé l'écran, c'est son manque de conviction. Renier ne paraît jamais persuadé par son rôle, n'habite pas son personnage, ne donne pas l'impression d'apprécier celui qu'il incarne, mais dégage plutôt une gêne presque palpable. Dans les costumes de scène de Claude, il a l'air à l'étroit. Quand il singe les pas de danse du chanteur qui n'aurait sans doute pas connu le même succès sans sa chorégraphie, on dirait qu'il fait attention à ne pas déchirer ce tissu d'emprunt et qu'il se concentre sur du chinois.
Ça ressemble à une bonne imitation alors que j'espérais une interprétation calquée de l'idole des années 60-70. Et si on relève bien certains gestes de Cloclo quand il s'exprime, souvent de manière péremptoire et blessante, ses mimiques de la bouche et ses passages de langue étudiés pour affoler ses groupies pendant les chansons brillent par leur absence. Et comment qualifier le déhanchement de Renier, qui ne doit pas avoir le rythme dans le sang, sinon de pathétique ? Les emportements de Claude-le-perfectionniste passent pour des tempêtes dans un dé à coudre alors qu'il s'agissait de tsunami ; son angoisse lui était à ce point chevillée au corps qu'on aurait fini par trouver du pétrole, ici à peine un filet de bile.
Ce film n'est qu'un documentaire somme toute fidèle et fiable, mais ennuyeux. Il se décline de façon linéaire, aussi froide que les pages sur papier glacé d'un énième livre consacré au phénomène venu d'Egypte. Mais si le scénariste a pris bien soin d'écrire sans aménité sur le côté complexé, parano, colérique, égocentrique, mégalo de la star, saupoudrant à satiété son (très) long métrage de démonstrations de ce foutu caractère, il a oublié de donner le tempo endiablé du vrai Mr 100.000 Volts, ce côté entraînant qui glissait des fourmis dans les jambes des plus jeunes comme des plus vieux. Même les quatre ou cinq scènes de concert sont aussi peu criantes de vérité qu'un combat de boxe organisé dans une église.
Ça manque d'émotion. C'est lisse comme le crâne d'un moine, ce truc ! Tiens, on oserait prétendre qu'il s'agit d'une uvre thérapeutique, une psychanalyse tardive dédiée à Marco, le vrai mal aimé des François. En tout cas, le fan que je suis n'a rien appris de neuf sur sa vie, ses traits de caractère, son ascension, sa mort. Je ne trouve pas Renier très crédible, malgré un louable effort de l'acteur et des maquilleurs.
Après la projection, je me suis tout de même rendu derrière le cinéma. Pour retrouver Claude François à la sortie des artistes. Mais il s'est dérobé. Comme d'habitude depuis 34 ans. A vrai dire, comment aurait-il pu en être autrement ? Ce n'était pas Cloclo !