C’était en 1986. Betty débarquait dans la vie de Zorg et des spectateurs, le cœur en skaï mauve. Un peu braque et définitivement sexy, elle bousculait tout sur son passage. Vingt-cinq ans après, « 37º2 le matin » reste un film culte. Et Béatrice Dalle reste une Betty Blue dans l’âme. Fille docile éprise de liberté. Rencontre sans garde-fou pour la sortie de « Bye bye Blondie ».
Si je dis : Virginie Despentes… ?
C’est une fille très drôle. On l’a dit dure, difficile. C’est la personne la plus charmante, attentionnée, précieuse qui soit. Son film est à cette image. C’est ma deuxième grande rencontre après Claire Denis depuis que je fais ce métier. Humainement, je mets un genou à terre devant ces femmes tellement elles sont brillantes.
Aucun cinéaste n’arrive à ce niveau ?
Haneke. La différence, c’est que je reste amie avec Claire et Virginie. Haneke, je ne le revois pas.
Que vous ont-elles appris au niveau du métier ?
Le métier, je n’y pense pas. Je m’en fous. C’est l’aventure humaine qui m’importe. Après, tant mieux si le film plaît. Cela permet au réalisateur d’en faire un prochain et au producteur de gagner des sous. Mais moi, je ne vois que les relations humaines.
Votre méthode de travail ?
Je suis une fille docile. je sais mon texte car c’est la moindre des choses. Puis j’y vais à l’instinct. Je ne réfléchis à rien. Je me laisse aller et je vis les choses comme si c’était mon aventure à moi.
On a souvent la sensation que vous surpassez le personnage…
Je ne suis pas un personnage ! Un personnage, ça me fait penser quand on se déguise en princesse. Je ne suis pas une enfant qui joue dans une cour de récréation. Et je ne suis pas non plus une actrice de composition. Je ne peux donner que ce que je connais. Faire du cinéma, pour moi, c’est vivre une aventure avec quelqu’un comme quand on tombe amoureuse. J’y vais sans me poser de questions, car j’aime et j’espère vivre des choses incroyables.
Avant le cinéma, de quoi était faite la vie de Béatrice Dalle ?
J’étais si jeune que c’était la débrouille, le vol à l’étalage pour manger. Je n’avais pas le choix. J’étais à la rue. J’ai quitté mes parents à 14 ans. Sans haine. Ils n’étaient ni tortionnaires, ni alcooliques. On n’avait rien en commun. Point. La cigogne avait dû picoler ce jour-là et m’a larguée au mauvais endroit.
Le ciné, j’y allais quand ’il y avait un acteur trop joli à l’affiche. Ma première émotion, c’est « Angélique Marquise des Anges ». J’étais amoureuse de Joffrey de Peyrac comme toutes les gamines de mon époque. Quand j’ai découvert Pasolini dans un petit ciné de Saint-Michel, j’ai changé d’approche. J’ai pris « Salo » en pleine figure. Depuis, il n’y a que l’intellect des gens qui m’intéresse. Moi, je veux tourner avec Pasolini et Bergman !
Ça va être difficile !
J’aime les gens morts. J’écoute Mozart et je veux tourner avec Pasolini et Bergman. Le plus beau film du monde, c’est « Le septième sceau ». À chaque interview, je déclare ma flamme à Max von Sydow. Max, je t’aime d’amour !
Dans « Bye bye Blondie », vous êtes drôle. À quand une vraie comédie ?
J’ai plein de propositions. Mon banquier serait très content si j’acceptais. Rien ne m’a donné envie. Mais a priori, je ne suis pas contre. J’attends la personne qui me donnera envie. Si c’est pour faire une comédie façon « Les contes de Canterbury », OK. Hélas, je ne connais pas de cinéastes capables de ça aujourd’hui. Je rêve aussi de Sénèque. J’adorerais jouer un grand texte au théâtre.
Provoquez la chose !
Non, non, je suis trop timide pour ça. J’ai envie qu’on ait envie de travailler avec moi.
Faisons un saut en arrière : « 37º2 le matin »…
Ça a changé ma vie. Depuis, je n’ai honte de rien. Je revendique tout. Je suis fière des gens qui m’ont choisie et des films que j’ai tournés. Je suis restée intègre.
Facile de résister aux sirènes ?
Oui. Ce métier a tant d’avantages. Je n’ai pas fait d’études, je ne viens pas d’une famille aisée et j’ai pu vivre des choses extraordinaires. Merci mon Dieu. Chance inouïe. Ce serait indécent de se plaindre. Je fais ce que je veux quand je veux. Je suis libre.
Le film de Beineix a fait de vous un sex-symbol. Vingt-cinq ans plus tard, avez-vous peur du temps qui passe ?
Très. Ça m’angoisse. C’est affreux. Peur de vieillir, de la mort.
Il y a la chirurgie esthétique !
Ça me fait trop peur. Le principe est magique mais le résultat… Et puis je n’aime pas la tricherie !
Dans « Bye bye Blondie », vous êtes Gloria, la fille qui est restée adolescente. Un peu vous ça ?
Complètement. J’ai vécu, j’ai appris, j’ai eu pas mal d’expériences mais j’ai l’impression d’être la même qu’à 14-15 ans. Je ne peux toujours pas assumer des responsabilités. Je ne veux pas. Ça m’effraie. Pas d’enfants, pas de liens, pas d’engagements, aucune contrainte, ça me va très bien. Donc, actrice me va aussi très bien. Je voudrais que ça ne s’arrête jamais ! Je suis une génération spontanée. Née adulte et éternelle adolescente.