Une Namuroise débarque à Cannes

FABIENNE BRADFER

mardi 24 avril 2012, 19:43

Amélie van Elmbt a 25 ans et a fait son film toute seule. Miracle : « La tête la première » fait partie des neuf films programmés par l’ACID, association de cinéastes qui offre une vitrine aux jeunes talents durant le Festival de Cannes.

Une Namuroise débarque à Cannes

© DR

Amélie van Elmbt est namuroise. Le cinéma est le moyen d’expression qui lui convient le mieux, dit-elle avec enthousiasme, pour partager ses urgences. Des films, elle en a consommés beaucoup via le Festival du film francophone à Namur. Après un passage à l’IAD, elle suit le cinéaste français Jacques Doillon (« Ponette «, « Le petit criminel «, « La pirate «, « Le jeune Werther « …) pour travailler avec lui. Elle s’occupe notamment du casting du « Mariage à trois » . Avec Doillon, Amélie apprend sur le tas. Elle préfère la vraie pratique du cinéma aux cours devant large auditoire. Car Amélie a une urgence : faire son propre film. Avec le jeune David Murgia (vu notamment dans « La régat » et « Rundskop » ) dont elle vante l’excellence.

Elle écrit donc un scénario qui colle aux préoccupations des jeunes d’aujourd’hui. « La tête la première « racontera donc d’Adrien et Zoé (Alice de Lencquesaing vue notamment dans « Polisse » ), deux jeunes de vingt ans dans le monde actuel où la quête du sens est peut-être la plus grande des aventures.

Zoé décide de prendre la route pour approcher un écrivain qu’elle admire et peut-être trouver un sens à son existence. Sur son chemin, elle croise Adrien qui, curieux et intrigué par son caractère insaisissable, décide de la suivre.

Avec cette histoire, la jeune Namuroise va frapper aux portes des producteurs avertis comme des jeunes maisons de production, personne ne soutiendra son entrain et son projet. C’est donc avec l’argent que lui a laissé sa maman décédée qu’elle finance son film. Pas d’aide du Centre du cinéma et de l’audiovisuel, ni de Tax Shelter. Tournage de trois semaines. Et aujourd’hui, son premier long-métrage va à Cannes, dans la programmation de l’ACID.

Mais qu’est-ce que l’ACID ?

L’ACID est une association de cinéastes qui, depuis 20 ans, soutient la diffusion en salles de films indépendants et œuvre à la rencontre entre ces films, leurs auteurs et le public. La force du travail de l’ACID repose sur son idée fondatrice : le soutien par des cinéastes de films d’autres cinéastes, français ou étrangers. Chaque année, les cinéastes de l’ACID accompagnent une trentaine de longs métrages, fictions et documentaires, dans plus de 150 salles indépendantes et dans les festivals en France et à l’étranger. Parallèlement à la promotion des films auprès des programmateurs de salles, au tirage de copies supplémentaires et à l’édition de documents d’accompagnement, l’ACID renforce la visibilité de ces films par l’organisation de nombreux événements.

Afin d’offrir une vitrine aux jeunes talents, l’ACID est également présente depuis seize ans au Festival de Cannes avec une programmation parallèle de 9 films pour la plupart sans distributeur. Depuis sa création, plus de 500 films ont ainsi été promus et accompagnés par les cinéastes de l’ACID.

De nombreux réalisateurs ont été programmés à leurs débuts par l’ACID à Cannes. Entre autres, les frères Larrieu, Avi Mograbi, Robert Guédiguian, Gérard Mordillat, Nicolas Philibert, Yolande Moreau, Gilles Porte, Lucas Belvaux, Claire Simon. « On rêve un film avant de le tourner, de quoi rêvent-ils ceux qui parlent « d’usines à rêves » ? De rêves manufacturés ? L’indépendance, c’est la singularité du rêve, l’unicité du point de vue. C’est préférer l’acteur que demande le rôle à celui qu’attend le public. C’est choisir de s’adresser à des spectateurs plutôt qu’à une foule hypothétique », a écrit Lucas Belvaux, in Question d’indépendance, texte ACID 1995.

En 2012, l’ACID fête ses vingt ans d’existence. Sa présence en off du Festival de Cannes en fera donc une année particulière. Espérons que cela portera chance à Amélie…