Bruel se fait un « Prénom » digne du « Dîner de cons »

FABIENNE BRADFER

mercredi 25 avril 2012, 08:58

On n’avait plus ri comme ça depuis « Le dîner de cons » ! « Dès que je touche un truc, paf !, ça cartonne », se réjouit le chanteur-acteur. Un entretien de Fabienne Bradfer

Bruel se fait un « Prénom » digne du « Dîner de cons »

DR

Patrick Bruel, 53 ans dans moins d’un mois, a toujours la « gold touch » ! Dans les années à venir, il passera certainement à la réalisation. Pour l’heure, tant qu’il ne sent pas cette « urgence », il prépare son nouvel album, pourrait faire « P.R.O.F.S. 2 » avec Luchini. Il savoure surtout le succès annoncé d’un texte, « Le prénom », qu’il a emmené de la scène (où il fit un triomphe) au plateau de tournage. Excellente idée !

« Le prénom » montre bien comme les apparences sont trompeuses. Or votre statut de star peut lui-même véhiculer pas mal de clichés. La pièce elle-même vous les colle à la peau.

On a écrit à quel point le rôle me collait à la peau. Je prends ça comme un compliment car ça prouve que j’ai parfaitement amené mon personnage là où il devait être. Sur certains aspects, j’en suis proche, oui. Sur d’autres, pas du tout. Sur la forme, il y a des choses, sur le fond, je ne pense pas.

Les réalisateurs du film disent que vous véhiculez « l’image de l’éternel gagnant ». C’est valorisant mais c’est aussi un cliché.

Et ils en ont fait une vérité. La « gold touch ». Dès que je touche un truc, paf !, ça cartonne.

Stress ?

Évidemment. On se dit : c’est quoi le truc qui ne va pas marcher ? Mon album, la tournée ? Ça fait peur. Car ça doit un jour arriver. J’essaie de faire de mon mieux, je travaille beaucoup. J’ai mis six ans après « Le limier » pour choisir la pièce suivante.

Question de flair ?

Oui. Il en faut pour faire « Le prénom ». Il faut un véritable instinct pour pointer un manuscrit sur le bureau de Bernard Murat et penser : tiens, c’est un chouette titre, je l’emporte, le lis et te rappelle. Ensuite il faut tout faire pour que ça se monte. Et y aller, y croire. Après c’est du travail, de la sueur, de la réflexion, des doutes. Parfois ça réussit, parfois non. Ce qui est formidable, c’est que j’ai une image telle que quand ça ne marche pas, on n’en parle pas. Pour d’autres, on ne parlera que des choses qui font mal. Comme en politique.

Le slogan du film dit : « Un enfant, c’est le début du bonheur, un prénom, celui des emmerdes. » À l’époque, Paaaatrick hurlé à tout bout de champ, ce n’était pas un peu le cas ?

Moins que des emmerdes, ça a été une caricature réductrice. Par le jeu des trois bandes, c’est vrai, ça m’a atteint. À travers ça, on a fait passer mon public pour des débiles et par ricochet, moi aussi. C’était pas très grave mais je m’en serais bien passé.

Malgré trente ans de succès, les professionnels, comme aux Césars, ne vous ont toujours pas couronné. Ça vous peine ?

Oh, non. Enfin, si dans un projet global, tout le monde est récompensé sauf moi, là oui, ça peut faire mal. J’ai fait 39 films et jamais été nommé aux Césars. Je n’en ai jamais souffert. Mais quand je fais un film qui fait deux millions d’entrées, que je porte presque sur les épaules, qui obtient onze nominations sans une seule pour moi, je trouve ça injuste. Ça ramène à l’enfance, aux injustices subies étant gosse. Maintenant, ça ne va pas plus loin. Comme me disait Coluche : « Tu voudrais pas qu’ils t’aiment, en plus ! » On ne peut pas tout avoir.

Que vous apporte le métier ?

Beaucoup de joies, de satisfactions, d’intensité, de témoignages d’amour. Et avec ce film-ci, j’ai un autre regard sur mon métier d’acteur. Je n’ai jamais joué en « maturant » à ce point un rôle, en connaissant à ce point mon texte. J’ai toujours tendu vers le non-jeu. Pour « Le prénom », j’ai beaucoup appris à regardant Guitry.

Vous semblez surpris d’avoir déjà séduit près de 150.000 lecteurs avec votre livre de conversation. Pourquoi ?

Ce n’est pas une bio traditionnelle. Il s’y raconte des choses différentes sous des angles inattendus en écartant toute complaisance. Sans me chercher sur des terrains connus, l’auteur a brillamment expliqué mon parcours. Il m’a expliqué « moi », ce qui s’approche d’une forme de psychanalyse. On est allé assez loin. Que tant de gens plébiscitent ce livre me flatte et me rassure.

De quoi ?

La perception qu’on peut avoir de moi, la relation avec un public plus large que je peux penser. « Le prénom » arrive à point nommé. J’ai déjà fait rire avec « P.R.O.F.S », « Le jaguar » ou même mes spectacles. Mais qu’un journal titre « Bruel fait rire » à l’occasion de la sortie du « Prénom », ça me fait plaisir. Car le projet était magnifique et toute l’équipe le porte depuis longtemps. La première lecture remonte à 2008. « Le prénom », il n’était pas question de le laisser passer. À cause de ça, j’ai décalé mon album d’un ou deux ans mais qu’on se rassure, là, j’y suis, en studio.