Des journalistes en laisse

NICOLAS CROUSSE

mercredi 09 mai 2012, 11:49

Avec « Les nouveaux chiens de garde », Gilles Balbastre et Yannick Kergoat signent un pamphlet qui dénonce la dépendance pathologique des médias. Journalistes, patrons et politiques seraient désormais main dans la main.

Des journalistes en laisse

La journaliste Audrey Pulvar aux côtés de son compagnon socialiste, Arnaud Montebourg En dessous, Michel Field © THOMAS COEX/AFP et RUDOLF MARTON

Sorti depuis début janvier en France, où il a déjà séduit plus de 200.000 spectateurs, ce qui est énorme pour un documentaire, Les nouveaux chiens de garde partent dès aujourd'hui à la conquête du public belge.

Les deux réalisateurs (Gilles Balbastre et Yannick Kergoat) s'y livrent à une attaque en règle de l'état de la presse et des médias français, qui seraient devenus dans leur grande majorité des valets du pouvoir politique et économique.

Fini le mythe du quatrième pouvoir. Balayé, l'image du métier romantique, qui inspirait au cinéma des années 70 et 80 des films de reporters couillus et indépendants.

Le titre du docu fait référence à Paul Nizan et à ses Chiens de garde, un livre qui dénonçait en 1932 la dépendance intellectuelle des écrivains et philosophes de l'époque. En 1997, Serge Halimi, devenu depuis directeur du Monde diplomatique, signait avec Les nouveaux chiens de garde un opus sur le journalisme de révérence et de connivence. Son constat, qui est aussi celui de Pierre Bourdieu, du cinéaste Pierre Carles (Pas vu pas pris) ou de l'association Acrimed, c'est que le monde des médias français est aujourd'hui représenté à sa tête par une élite d'éditorialistes, présentateurs télés ou chroniqueurs de prestige, qui font l'opinion en marchant la plupart du temps dans les pas du système.

Le film, souvent drôle, s'ouvre sur des archives de l'ORTF. On y assiste à une saynète d'un autre temps, où le ministre de l'Information, Alain Peyrefitte, fait presque office de présentateur, sous les yeux de ce bon vieux Léon Zitrone.

« C'est de la préhistoire », s'amusent dans la séquence qui suit Christine Ockrent, Anne Sinclair et d'autres stars du petit écran, qui affirment que journalistes et politiques sont aujourd'hui débarrassés de ces liens de dépendance. Que la presse est libre, objective et pluraliste.

Le documentaire va s'attacher à démontrer tout l'inverse. En commençant par rappeler qu'Ockrent est la femme de Bernard Kouchner, que Sinclair est maquée avec DSK. Que Béatrice Schönberg est aux bras de Jean-Louis Borloo. Qu'Audrey Pulvar, qui vit avec le socialiste Arnaud Montebourg, n'a jamais cessé de faire ses interviews politiques durant la campagne présidentielle sur le plateau de Laurent Ruquier. Que Marie Drucker eut une liaison avec François Baroin après l'avoir rencontré sur un plateau télé. Sans compter que la nouvelle Première dame de France, Valérie Trierweiler, est une journaliste employée chez Arnaud Lagardère (Paris Match) et chez Vincent Bolloré (Direct 8).

Les « ménages » de PPDA

Ce n'est pas tout ! Bon nombre de vedettes françaises du petit écran utilisent leur image et leur popularité pour faire « des ménages ». Traduction : pour jouer les conférenciers auprès de sociétés très lucratives. Isabelle Giordano, révèle le film, réclame 12.000 euros pour un service non public. PPDA exigerait le double. Bernard-Henri Lévy encore plus.

Même les « impertinents » d'hier (tels Philippe Val ou Michel Field) sont prêts à vendre leur âme pour une promotion financière.

La conclusion de Gilles Balbastre, par ailleurs journaliste ? Elle vise l'image du journalisme. « La presse traverse une crise grave. La pression des patrons et des groupes financiers sur les journalistes qu'ils emploient est de plus en plus grande. L'intensification des tâches est énorme. On leur demande toujours plus, avec le tout info. Et à l'arrivée, le métier est dégradé. »

Le rêve de Balbastre et d'Acrimed ? « Que le monde de l'argent et de la marchandisation sorte de la culture de l'information. Que l'on en finisse avec les accointances entre politiques, industriels et journalistes. Et que la presse devienne un service public. »