Riton Liebman tourne son premier film

PHILIPPE MANCHE

mardi 15 mai 2012, 10:14

« Je suis supporter du Standard » est le premier long de Riton Liebman. Sur les écrans en juin 2013, le film est présenté comme une comédie douce-amère et grinçante. Visite sur le tournage.

Riton Liebman tourne son premier film

Riton Liebman, dans les tribunes de Sclessin, avec à ses côtés le plus que prometteur David Murgiat © OLIVIER DONNET

L'église Saint-Boniface, sur la place du même nom, à Ixelles, en bordure du Matongé, le mercredi 9 mai. C'est dans un local du lieu de culte que Riton Liebman tourne Je suis supporter du Standard, son premier film. Riton, 48 ans au compteur, on l'a vu récemment dans Polisse – c'était l'amoureux du personnage incarné par Marina Foïs. Ou sur les planches du théâtre de Poche dans les Monologues de la marijuana. Il a une bonne vingtaine de films à son actif. Riton, c'est aussi une gueule. Un mec entier. Qui, adolescent, contait fleurette à Carole Laure dans Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier.

L'équipe du film produit par La Parti pour deux millions d'euros tourne cet après-midi-là dans une salle de l'église. Reconvertie en local des Alcooliques Anonymes. Je suis supporter du Standard, malgré son titre, un tournage à Sclessin et des figurants de marque comme Roger Laboureur, Enzo Scifo, Robert Waseige ou Philippe Albert, n'est pas à proprement parler un film sur le football. En fait, Riton Liebman, abstinent depuis de nombreuses années, a choisi d'évoquer l'addiction via le prisme sportif. Je suis supporter du Standard est aussi une histoire d'amour et de rédemption. « À la Sideways » précise Riton, en pleine séance de maquillage. Doux-amer et grinçant ? « Exactement, comme la vie. »

« Je ne suis pas dans la caricature, enchaîne Liebman. Ce qui m'intéresse, ce sont les comportements addictifs. Et un fan de foot a des comportements dépendants, de souffrance et d'angoisse. Il recherche le même frisson qu'un camé avec son premier shoot. »

À la base, le thème devait nourrir un one-man-show où le supporter débarquait chez son psy évoquer sa dépendance aux Rouches. Julien Berlan, fan de foot et producteur français, est séduit et encourage Riton à passer derrière la caméra. Il coproduit également le projet avec sa boîte 1 : 85, tout comme Chic Films (Un prophète).

Le pitch ? « Milou, un supporter du Standard décide de décrocher. Je trouve que l'histoire d'un mec qui arrête est plus marrante que l'histoire du mec qui se came », insiste le comédien et réalisateur de deux courts dont Edouard est marrant.

Dans la scène qui se tournera toute l'après-midi et sous toutes les coutures, une séance des A.A. tourne au vinaigre. En cause, Milou. Qui témoigne jusqu'à ce qu'une participante découvre qu'il ne parle pas d'alcool ou d'opiacés mais bien de football.

Épaulé par Guillaume Malandrin (Où est la main de l'homme sans tête ?), premier assistant-réalisateur, Riton gère bien sa schizophrénie professionnelle. Sérieux quand il le faut et jamais avare d'une bonne vanne, histoire de désamorcer la tension inhérente à un tournage.

À 18 heures, tout le monde remballe pour la rue Mercelis, quelques blocs plus loin. Au Petit Théâtre Mercelis. Pour une scène capitale. On a oublié de vous raconter que le personnage incarné par Riton fonde, sur le modèle des Alcooliques Anonymes, Football Anonymes.

Émotion, pour l'équipe du film et les fans de foot que nous sommes de voir deviser à la même table Robert Waseige, Mbo Mpenza, Roger Laboureur, Enzo Scifo et Philippe Albert. Également présent, Jacques Duvall et Marka, vieux pote de Riton. Brieux Férot, notre confrère du magazine So Foot, a pris le Thalys pour rallier Bruxelles en vue d'un reportage pour parution à la rentrée.

L'ambiance est cool. David Murgia simule des chutes devant Robert Waseige ou passe en douce derrière Enzo Scifo avec son iPad branché sur Skype pour montrer l'entraîneur de Mons à sa maman. Et Riton d'expliquer qu'il ouvrira la scène à tourner après le repas d'un : « Bonjour, je m'appelle Milou et je suis footballique. » Contactés via BeTV, les stars du ballon rond n'avaient aucune idée de ce qui les attendait et se prêteront de bonne grâce à la caméra.

« Je dois trouver la bonne distance avec le film, conclut Riton, parce que je ne raconte pas ma vie même si Milou, c'est moi à 78 %. » Avant de lever le camp, on demande à l'intéressé ses phares dans la vie. La réponse fuse : « Isaac Basevitch Singer, Miles Davis, Stanley Kubrick et Roger Laboureur. » Tout est dit !