Entretien - Emilie à Cannes 13 ans après Rosetta

FABIENNE BRADFER

jeudi 24 mai 2012, 10:29

Au lendemain de la projection d'A perdre la raison, de Joachim Lafosse, librement inspiré de l'affaire Lhermitte, nous avons retrouvé Emilie Dequenne sur la Croisette. Elle nous raconte « son » Cannes 2012, treize ans après Rosetta.

Entretien - Emilie à Cannes 13 ans après Rosetta

Emilie à Cannes avec Joachim Lafosse : « J’ai l’impression qu’on parle parfois plus de la robe que du film Donc, il faut faire attention » ©afp/alberto pizzoli

CANNES

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE

Comment avez-vous vécu la projection d'« A perdre la raison » à Cannes ?

On ne fait pas un film uniquement pour soi et son plaisir. C'est bon quand le film existe aux yeux du public. Du coup, j'étais très anxieuse. L'accueil fut inespéré. Ça ne m'étonne pas car je suis spectatrice avant d'être comédienne et j'avais été moi-même bouleversée par le scénario. Et le film est tout autant bouleversant.

Votre appréhension était-elle aussi par rapport à votre interprétation ?

Non. Le premier regard pour moi est celui de mon metteur en scène. Si lui est content, je suis heureuse. J'étais plus excitée de voir les réactions car j'avais vu le film avant et j'avais eu la sensation de voir un grand film.

On a effectivement l'impression que ce film est un moment-clé dans votre carrière…

Sans doute même si on ne peut pas prévoir l'impact d'un film. Mes trente ans sont passés, j'espère avoir réenclenché une nouvelle décennie de bonheur. J'espère que ça va continuer… J'y vais à fond pour chaque film pour lequel je m'investis. Ne pas arriver à faire exister un personnage en tant que comédienne est criminel. Et l'aventure que j'ai vécue avec Joachim est belle et grande.

Quelle différence y a-t-il entre l'inconnue qui débarquait ici en 1999 avec « Rosetta » et l'Emilie d'« A perdre la raison » ?

J'ai un peu plus conscience des enjeux. À 17 ans, je n'avais rien vu passer. Tout s'était déroulé si rapidement et dans un état de folie. Aujourd'hui, Cannes est toujours aussi fatigant mais c'est plus sage, plus tranquille.

À Cannes, plus qu'ailleurs, les actrices se parent et font rêver en montant les marches. Comment on se prépare à ça ?

On va voir des créateurs, on fait des essayages. J'ai mes chouchous. Là, cette année, j'ai trouvé mon bonheur chez Balenciaga. Évidemment, son apparition à Cannes, ça se prépare. D'autant plus maintenant car j'ai l'impression qu'on parle parfois plus de la robe que du film. Donc, il faut faire attention.

Ce jeu du paraître, est-ce aussi un rôle ?

Non. Moi, je me sens toujours très fragile dans ce genre de jeu-là car malheureusement, on n'est pas caché. On est bel et bien soi-même face aux regards et c'est bien flippant. Ça me fait un peu penser à une grande fête de famille, à un mariage.

Votre tout premier souvenir de Cannes et celui de 2012 ?

Le tout premier, c'est tout Cannes car c'était le premier. Ce fut un grand tourbillon. Je me souviens du retour en Belgique : c'était tonitruant. Je ne comprenais rien, j'étais épuisée. Le souvenir de 2012 est assez personnel : la montée des marches et la découverte du film avec mon futur mari. J'étais heureuse de vivre ce moment-là avec lui.