CANNES
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
Moins punk que ça, tu meurs ! aurait-on envie de dire en rencontrant Benoît Poelvoorde. Et ce n'est pas le rôle punk à chien qu'il campe dans Le grand soir, la comédie sociale déjantée de Benoît Delépine et Gustave Kervern, qui va nous faire revenir sur cette certitude. Ben nous le confirme en direct de Cannes en montrant ses pompes racées qui coûtent, dit-il, « le PIB du Portugal ».
Vingt ans après C'est arrivé près de chez vous, Ben est à nouveau sur la Croisette et crée l'attroupement. Entre quelques saluts aux badauds qui le regardent donner ses interviews et du rosé frais, on se lance dans un entretien
aussi déjanté que le film des Grolandais et dont l'essence restera dans cette confidence à lui-même : « Ne te fais si petit, tu n'es pas si grand. » Mais on y joint aussi ce qu'Albert Dupontel, son comparse du Grand soir, nous a confié : « Benoît est un être fascinant. Il se donne beaucoup de mal pour avoir l'air bête mais c'est un mec cultivé, intelligent, malin. »
Êtes-vous vraiment un enfant terrible ?
Pas du tout. C'est un jeu ! Moi, je suis surtout un paresseux. Et un égoïste, comparé à Albert Dupontel. Lui, il s'inquiète de tout. Il pense trop. Moi, pas !
Punk, c'est une pure composition, non ?
Absolument. J'aime le confort, la propreté, les choses bien rangées. Je ne me battrai pas pour des idées. Je ne suis pas révolutionnaire. Je ne suis pas un pur mais je suis franc.
Un geste punk quand même dans votre vie ?
Mon mariage. À l'église, avec les orgues. Ma femme est une sainte (celle des causes désespérées).
L'alcool donne-t-il des excuses ?
Non. Mais j'adore dire : boire n'a jamais aidé personne à résoudre ses problèmes, mais boire du lait non plus !
Faites-vous des choses gratuitement dans le cinéma ?
Le cinéma, c'est un métier. Là où il y a de l'argent, j'en prends. Là où il n'y en a pas, je n'en prends pas.
Et le plaisir ?
Le cinéma, c'est un métier ! Je ne sacralise pas le cinéma. Dupontel est capable de tout claquer pour faire un film, moi pas.
Vous thésaurisez ?
Non plus. J'adore les belles bagnoles, les belles fringues, les belles chemises.
Que diriez-vous au jeune Poelvoorde d'il y a vingt ans si vous le croisiez à Cannes ?
Tout ça pour ça ! Les gens disent souvent « Je n'ai pas vu le temps passer ». Moi, je dis : C'est long, extrêmement long
et pour arriver au même stade. Car c'est les meubles qui ont changé, pas moi ! Je n'en rêvais même pas. C'est ça qui est injuste pour tous ceux qui eux en rêvent.
Quels étaient vos rêves à l'époque ?
Je n'en ai jamais eu en ce qui concerne le cinéma. C'est ça ma force : je m'en fous !
Et vos projets ? Arrêter le cinéma devient la blague récurrente, non ?!
Ce n'est pas un mythe. Il m'en reste deux : un tournage avec Kad Merad et le film de Benoît Mariage.
Et c'est la crise. On ne refuse pas du boulot en temps de crise
La célébrité, c'est quoi pour vous ?
L'ouverture de toutes les portes. Toutes. Et arrêtons de faire les blasés. Fallait pas commencer sinon !