Cannes célèbre l’ “Amour“ de Michael Haneke
FABIENNE BRADFER
dimanche 27 mai 2012, 21:25
Bonheur. Michael Haneke reçoit la Palme d’or pour son film bouleversant “ Amour “. Le cinéaste autrichien entre ainsi dans le cercle fermé des doubles palmés.
©AFP
Il avait déjà reçu l’objet le plus convoité du cinéma en 2009 pour “ Le ruban blanc “. Les grands absents au palmarès sont les Américains : aucun prix.
Les Palmes décalées
La palme dog :
Billy Bob, le chien à punk dans « Le grand soir », de Gustave Kervern et Benoît Delépine
La palme sexe : Nicole Kidman dans »The paperboy »
La palme kamikaze : Carlos Reygadas avec son film « Post tenebras lux »
La palme coup de poing : Ray Liotta dans « Cogan – la mort en douce »
La palme enragée : Tom Hardy dans « Des hommes de loi »
La palme des reflets : Kiarostami avec « Like someone in love »
La palme du bonze en haut des marches : Gilles Jacob, immuable
La palme du scoutisme : Edward Norton dans « Moonrise kingdom »
La palme du snobisme : Brad Pitt refusant de donner la main à Gustave Kervern faisant l’incruste lors de son photo-call
La palme du moignon : Marion Cotillard dans « De rouille et d’os », de Jacques Audiard
La palme de la biture : Benoît Poelvoorde et Gustave Kervern ex-aequo
La palme qui saoule : David Cronenberg avec « Cosmopolis »
Nanni Moretti n’a pas primé Leos Carax dont le film “ Holy motors “ était sans doute l’un des plus audacieux, fous, poétiques, désespérés et amples du Festival. L’a-t-il jugé trop narcissique, trop prétentieux, trop abscons ? On ne le saura pas.
Mais à la lumière du palmarès qu’il a proclamé, Moretti a choisi d’être un président de la “ normalité “ , c’est-à-dire qui prime des œuvres se plaçant à hauteur d’hommes avec humilité, sans esbrouffe, sans star hollywoodienne ou pas. Comme si, en ces temps de crise et de repli sur soi, il voulait mettre les projecteurs sur la dimension humaine -aussi dans le cinéma- qu’il faut absolument préserver en ce monde.
Le palmarès 2012 donne ainsi la part belle à l’ “ Amour “ en couvrant d’or le film de Michael Haneke magistralement interprété par deux acteurs en état de grâce : Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Trintignant qui, il y a quelques jours, nous confiait : “ J’ai accepté de revenir au cinéma parce que c’était Michael Haneke. Pour moi, c’est le plus grand cinéaste vivant. “
Moretti a donc livré un palmarès fidèle à lui-même. Rester à hauteur d’homme dans sa bouleversante humanité et souligner l’amour vital dont tout homme a besoin pour vivre. Sans lui, il y a risque de tomber dans la folie comme le montre bien Matteo Garrone dans “ Reality “ (Grand Prix). Sans lui, ce peut être la mort comme en témoigne avec une belle retenue “ Au-delà des collines “, de Cristian Mungiu (double Prix d’interprétation féminine et Prix du scénario). L’amour, c’est ce qui sauve les jeunes héros de la comédie sociale douce-amère de Ken Loach, “ La part des anges “ (Prix du jury). Et qu’attend le héros malmené par la rumeur de “ The hunt “, de Thomas Vinterberg (Prix d’interprétation masculine) si ce n’est le regard à nouveau aimant de l’autre.
Une incongruité cependant dans le palmarès de Moretti: un prix (celui de la mise en scène) pour Carlos Reygadas dont le film “ Post tenebras lux “ garde en lui tout son mystère. A ce titre-là, Alain Resnais méritait dix fois plus ce prix de mise en scène. De plus, on a l’impression que Reygadas se fiche des spectateurs. Nous en tant cas -et on est beaucoup à Cannes dans le cas-, on n’a toujours pas compris pourquoi les arbres tombent, pourquoi le sol se transforme en mare de sang et pourquoi du rugby sous la pluie.
Reygadas peut offrir des plans sublimes, tourner avec un objectif fragmenté qui laisse les bords flous et donner des scènes d’une puissance plastique absolue, cela ne change rien au fait que son film laisse le spectateur sur le bord du chemin. Tout seul. Et ça, c’est pas humain !
Au-delà de ça, on retiendra l’édition 2012 en un mot : “ Amour “.
Et citons Jean-Louis Trintignant qui cite Prévert : “ Et si on essayait d’être heureux ne serait-ce que pour donner l’exemple “… A l’année prochaine.