Lafosse: "Emilie Dequenne, ce n'est pas un hasard!"

Rédaction en ligne

dimanche 27 mai 2012, 15:17

Tim Roth et son jury ont craqué, à juste titre, pour Emilie Dequenne en femme et mère submergée par le climat affectif oppressant qu'impose, malgré lui, son entourage. Treize ans après « Rosetta », la jeune actrice belge a de nouveau bouleversé Cannes avec son interprétation dans « A perdre la raison ».

 Lafosse: "Emilie Dequenne, ce n'est pas un hasard!"

© AFP

Dans le film, une scène en particulier montre toute l'ampleur du talent d'Emilie Dequenne, c'est la scène de la voiture quand elle s'effondre sur une chanson de Julien Clerc. Voici ce que Joachim Lafosse nous avait confié à ce propos : « Quand une actrice te fait une scène comme celle-là, sur la chanson « Femmes, je vous aime », tu te dis : « Ouf, qu'est-ce qu'elle vient de me faire là ! » . On la refait, même intensité. Un an et demi après, tu te rends compte que la prise que tu as utilisée est finalement la sixième, encore meilleure que la première… Quand on est sorti de cette voiture, à la 6e prise, incroyable… J'ai dit à Emilie : « Tu sais, quand t'as eu ton prix pour « Rosetta », des gens ont dit que c'était un peu malgré toi, que t'avais pas fait exprès. Si je réentends ça, je me fâcherais ! »Emilie a quinze ans d'expérience ! Elle s'est emparée d'un personnage, l'a réinterprété pudiquement… C'est beaucoup plus intime qu'on le pense. On ne sort pas indemne d'une telle fabrication. Aujourd'hui, je suis fier de ce film. On ne peut pas faire ça en dilettante. En étant capable de prendre de la distance pour ne pas faire de bêtises. »

« Ce n'est pas un hasard »

Et quand on lui demande pourquoi il a choisi Emilie Dequenne pour ce rôle, Joachim Lafosse répond : « Je l'ai compris pendant la séquence dans la voiture. C'est le moment le plus bouleversant de ma carrière de cinéaste. On était six personnes dans la voiture et c'est difficile d'expliquer ce qui s'est passé. On a gardé la sixième prise. À la deuxième, j'ai dit : « c'est bon » . J'ai vu cette scène 300 fois, et je suis encore ému. Il y a quelque chose d'inconscient qu'Emilie laisse voir, avec pudeur… Après avoir tourné, je me suis souvenu d'une chose : J'avais 20 ou 21 ans et j'avais vu Emilie pleurer quand elle a reçu son prix pour « Rosetta » . Et là, je la filmais quand elle pleure pour mon film. Et voilà que je pleurais comme je pleurais à l'époque quand je l'ai vue. Je me suis dit : « c'est pas un hasard, ça!» . Il y a quelque chose qui m'a touché à l'époque qui m'a donné envie de travailler avec elle. Je crois que dans ce film, les acteurs ont donné tellement que je dois avoir une grande pudeur dans ce que je dis sur leur travail. »

Fabienne Bradfer