Avec « Prometheus », Ridley Scott renoue avec la SF

DIDIER STIERS

mercredi 30 mai 2012, 10:33

Le nouveau Ridley Scott était un des films les plus attendus de l'année. Un épais voile de mystère recouvrait pourtant ce « Prometheus ». Le réalisateur livre en fait un hybride : d'art, de spectacle et de réflexion.

Impossible, jusqu'à hier matin (moment choisi par le distributeur belge du film) de lever l'entièreté du secret l'entourant depuis des semaines. S'il était clair que Prometheus n'allait pas être un « prequel » d'Alien comme il en avait été question, on n'en connaissait pas grand-chose de plus. Plan marketing ? Façon de préserver au maximum la surprise que pourrait provoquer ce que certains espèrent être un énorme film de science-fiction ? En prime, teinté de philosophie ? Aujourd'hui, on sait, car on l'a vu ce Prométhée qui promettait tant !

Et oui, il y a dans ce film qui arrive 30 ans après Blade runner, 33 après Alien, des images qui donnent le tournis. Et pas seulement aux fans de Giger dont l'œuvre biomécanique sert d'épine dorsale à plus d'une séquence dans le vaisseau des Créateurs à la rencontre desquels sont partis ces quelques Terriens de 2093. De l'aveu même de Noomi Rapace, les fonds verts ont peu servi, plateaux et décors réels ayant été privilégiés pour renforcer autant que possible l'impression de réalisme. Bien sûr, on reste dans un film de SF, qui se déroule autant dans les coursives du Prometheus que sur la planète LV223, entre des tentacules aliens que dans un caisson de cryogénisation. Ou sous le scalpel d'un robot chirurgien qui découpe et agrafe en moins de temps qu'il ne faut pour dire « appendicite » . Mais tout cela reste toujours un régal pour les yeux et du carburant pour l'imaginaire. Ainsi, avec la 3D et le son qu'il faut, l'atterrissage du vaisseau est un spectacle magistral à lui seul. Quant à la 3D, justement, elle est maîtrisée au point de ne jamais se faire envahissante ou gadget.

Oui également, elle se teinte de philosophie et de métaphysique, cette science-fiction avec laquelle renoue Ridley Scott, accompagné par ses scénaristes, Jon Spaihts (chargé de rebooter La momie) et Damon Lindelof (Lost).

Des vestiges découverts aux quatre coins de la planète, provenant de civilisations différentes, éloignées par le temps et la géographie, prouvent tous l'existence d'êtres venus des étoiles. « C'est une invitation à les retrouver », pense l'archéologue Elizabeth Shaw. Une invitation à laquelle répond Peter Weyland, directeur mourant des toutes puissantes Weyland Industries, en montant une expédition vers les confins de l'espace. Là où devraient se trouver ces êtres. Ou Dieu, c'est selon…

Entendons-nous : c'est en s'engageant sur cette voie intéressante que Ridley Scott passe à côté d'un film magistral. Eh oui, caser un propos aussi ambitieux endeux heures, c'est mission impossible. Parce que ça suppose des raccourcis, les contraintes inhérentes à un film commercialement rentable : de l'action, et des personnages secondaires pas tous longuement creusés.

« Les grandes choses commencent petitement », décrète David, l'androïde de l'équipage du Prometheus, obsédé par Lawrence d'Arabie. L'humanité, par exemple. A considérer bien entendu que l'humanité soit une grande chose. A tout ça, Ridley Scott et ses scénaristes livrent des pistes de réponses nuancées. Tout en laissant la porte ouverte à un Prometheus 2… qu'on espère aussi passionnant !