Le mythe de Jérusalem

STAGIAIRE

mercredi 13 juin 2012, 10:57

Entretien « Footnote », c'est le cri des hommes en mal de reconnaissance. Un cri qui ne se limite pas à la rivalité destructrice d'un père et de son fils, ou au monde des académiciens. Non : un cri universel.

Le mythe de Jérusalem

« Hearat Shulayim » : deux écoles de pensée, deux argumentaires : c’est ça, le mythe de Jérusalem © DR

Uriel Shkolnik est élu nouveau membre de l'Académie israélienne des sciences et de l'humanité. La caméra se fiche de lui, elle se fiche du public, ce qui l'intéresse c'est cet homme impassible, assis à côté d'Uriel avant que ce dernier ne se lève pour prononcer son discours. Cet homme, c'est Eliezer Shkolnik, le père d'Uriel…

Footnote, le quatrième film du réalisateur israélien Joseph Cedar, couronné du Prix du Scénario à Cannes l'année dernière, s'articule autour de cette relation père-fils pour déployer les messages qu'il porte en lui.

Votre père, comme celui d'Uriel Shkolnik, a remporté l'Israel Prize. Est-ce à partir de cet événement personnel que vous avez construit « Footnote » ?

Pas vraiment, car la comparaison s'arrête là. Leurs caractères sont très différents. Mon père, depuis toujours, me soutient dans ce que je fais, contrairement à Eliezer Shkolnik qui encaisse mal les succès de son fils. Cela dit, au-delà de l'univers académique que j'ai côtoyé, le film se rapproche de moi. Footnote aborde la question du besoin de reconnaissance, un besoin qui me préoccupe et que beaucoup de gens, dans mon entourage, cherchent aussi à assouvir.

À travers cette histoire, quel regard portez-vous sur la société israélienne et les grandes questions qui la bousculent ?

D'après moi, Footnote ne reflète pas ce qui, pour l'heure, préoccupe vraiment les Israéliens. Le film traduit plutôt l'esprit typique de Jérusalem, non pas dans son aspect politique mais dans son aspect mythique. La ville a toujours été le théâtre de confrontations entre les générations. Footnote met en scène un combat de nature idéologique, comme Jérusalem les aime. Pas un combat militaire. Deux personnes, deux écoles de pensée, deux argumentaires s'affrontent. C'est ça, le mythe de Jérusalem.

Un combat entre un père et son fils…

Pour décrire une relation paternelle, il existe un tas de moyens. J'ai choisi celui de la compétition et de l'écart de génération. D'un côté, un père impopulaire, obsédé par la recherche de la vérité, pour qui tout est noir ou blanc. De l'autre, un fils très apprécié, qui se moque de savoir ce qui est vrai ou faux. Mais ce dernier va lui-même se trouver dans une situation où il devra choisir entre la vérité et le bon sens, deux notions soudainement très différentes.

L'année dernière, « Footnote » a reçu le Prix du Scénario à Cannes. La compétition sur la Croisette est-elle comparable à celle de l'Israel Prize ?

Cannes, c'est plus facile. Les cinéastes qui s'y trouvent bénéficient ipso facto d'une belle reconnaissance, qui se traduira par un succès en salles. La compétition ne se joue plus que pour la gloire. D'ailleurs dans l'ensemble, en art et en divertissement, on se dispute le même sésame : le public. Il faut du public. En sport, on cherche la victoire. Dans le monde des affaires, on tente de gagner de l'argent. Dans le monde académique, l'enjeu n'est pas vraiment quantifiable : on se bat pour la reconnaissance. Quand un chercheur reçoit l'Israel Prize, il ressent une émotion formidable. Son immense travail est enfin reconnu. Par contre, les autres sont maintenus dans l'ombre, ignorés par le grand public.