Le porno « Clip » à Bruxelles : malaise, voire scandale

NICOLAS CROUSSE

mercredi 13 juin 2012, 10:08

Le film de Maja Milos en compétition au Festival de Bruxelles met en scène des jeunes filles serbes de 14, 15 ans qui ne pensent qu'à une chose : baiser.

Mardi soir, à Flagey, le Festival du Film de Bruxelles projetait en compétition le premier film de la toute jeune réalisatrice serbe Maja Milos, <I>Clip</I>, qui vient de décrocher en février le Tigre du meilleur film à Rotterdam. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces débuts ne laissent personne indifférent. Suscitent la stupéfaction, le choc, et pour certains le scandale. Mais aussi l'admiration et le respect de la part de nombreux cinéphiles.

L'objet de la controverse ? Un film qui met en scène des jeunes filles serbes de 14, 15 ans, lesquelles tuent leur ennui et fuient les sombres réalités de leurs parents (rescapés de la guerre des années 90) en s'éclatant, en se prenant des cuites effroyables, en sniffant de la coke. En filmant surtout les moindres faits et gestes de leur jeune vie sexuelle.

Sentiment de malaise

Car ces petites poupées, cousines par l'âge de celles que l'on voyait il y a trente ans dans La boum, ne pensent qu'à une chose : baiser. Se rouler des pelles. S'épiler le sexe. Faire des fellations. Et balancer tout sur les réseaux sociaux.

Où ont-elles découvert tout cela ? Sur internet, YouTube. Et dans les vidéos pornos, où elles ont appris à se comporter ainsi. La controverse est ici : toutes les scènes de sexe réel du film, de la pipe à l'éjaculation, sont filmées pour de vrai. Avec des doublures, certes, mais nous associons durant plus d'une heure et demie ces parties de Kama-Sutra à des gamines de 14, 15 ans. Malaise.

Maja Milos, que nous rencontrions hier midi à Bruxelles, considère que son film parle d'une histoire d'amour. Celle entre Jasna et Djole, incapables d'aligner deux phrases lorsqu'ils sont face à face, incapables d'exprimer le moindre sentiment… mais très à l'aise dès qu'il s'agit de s'exprimer dans la langue pornographique. « C'est le monde réel, affirme la réalisatrice. C'est comme ça que cela se passe chez les teenagers de toutes les grandes villes d'aujourd'hui. »

Un document étonnant

Et les adultes, là-dedans ? Ils sont dépassés par les événements. Ils ne comprennent pas. Leurs enfants parlent une langue étrangère – celle de YouTube and Co. On pense à l'univers sauvage des films de Larry Clark. Mais Maja Milos cite parmi ses références les films de Ken Russell ou de Pasolini.

Il faut voir ce film et tenter d'aller au-delà du choc moral qu'il peut susciter (a-t-on envie d'imaginer ses propres enfants dans ce cirque glauque ?).

C'est néanmoins un document étonnant et fort sur une facette, violente mais réelle, de notre époque.

Site du festival : www.brff.be