Mais qui donc est Poelvoorde ? La version Dupontel
FABIENNE BRADFER
mercredi 13 juin 2012, 09:45
Dans « Le grand soir », comédie génialement barrée, Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde brûlent d'une même folie. Et quand le premier parle du second, c'est géant. Un entretien de Fabienne Bradfer
Qui est Benoît Poelvoorde ? Impossible de répondre à la question en un article. Du coup, on a décidé de s'en remettre à un regard, celui d'Albert Dupontel, son frère et homme en crise du « Grand soir ». Conversation barrée devant un Coca light.
Qui est Benoît Poelvoorde ?
Il se donne beaucoup de mal pour passer pour un imbécile. Mais ça marche pas. Je vois bien que c'est un jeu. On a eu de grands moments ensemble, des moments culturo-digestifs. À Saint-Emilion, on a fait toutes les caves. On en est sorti à quatre pattes. On a humilié des sommeliers de renom. Sur la tête de mon gamin, c'est vrai. Les mecs, ils ont des étoiles partout, on dirait la Voie lactée. Eh ben, on a fait un test de vins, à la fin, il n'y avait que Ben et moi qui avions raison. L'odeur, c'était la vanille. C'était vachement dur à trouver. L'alcool, c'est un choix. Mais c'est vrai que la première fois qu'on s'est rencontrés, ça s'est mal passé. Je suis venu à jeun. Alors, j'ai dit aux réal', s'il faut trouver un autre partenaire à Ben, ce ne sera pas difficile. Ils m'ont dit : « C'est vous deux ou personne. » Je suis revenu, j'ai dit : « Écoutez, s'il faut le faire gratuitement, je suis là ! » Ben a répondu : « Moi pareil, mais pas gratuitement. » J'ai dit : « Je fais comme Ben. »
OK mais qui est Poelvoorde ?
C'est un pur. Un caractériel profond. Un enfant qui a été brimé. Il a eu une enfance difficile, Ben, il a fait plusieurs écoles alors que moi, j'étais super-choyé. Moi, j'ai pas d'excuses. Je bois pas, j'ai eu des parents super et j'ai fait le con. Donc j'assume moins. Il fait des merdes immondes et en sort grandi ! J'ai vu « Le Boulet », je me suis dit : « C'est pas possible ». Pas LE Poelvoorde. Après, je me suis habitué. Parfois, il y en a un qui ressort. « Podium », c'était bien. Il y allait, comme un bon nihiliste.
Je comprends. Mais qui est Benoît Poelvoorde ?
Il est fascinant. C'est une nature très riche. Un mec qui se donne beaucoup de mal pour avoir l'air bête. Mais il y arrive pas. Il est cultivé, intelligent, malin. Sur le tournage, il me tendait des pièges grossiers, espérant que je tombe dedans pour mieux me le ressortir. Je ne suis pas tombé. Je suis fier de moi. J'allais voir ses prises. Son texte, il fallait qu'il le vomisse. Après il revenait, il prenait deux fromages et en faisait des marionnettes devant les producteurs. Il casse tout derrière. Il a pas de truc, il oublie. Il fait tout pareil mais il a le sentiment de faire neuf. C'est ça le grand privilège.
Faut pas trop réfléchir. Réfléchir, ça réduit. En fait, c'est Ben qui a tout compris. Il avance comme un bulldozer et règle ses comptes après. Moi, je réfléchis trop, je cherche à faire bien, ça n'a aucun intérêt. C'est pour ça que quand un film comme ça se présente, il faut le faire. C'est pas parce qu'on va manger chez MacDo qu'on ne mangera plus à une grande table. Ben, c'est ça. Il fait les MacDo, il n'attend pas les choses, il les fait. Il ne veut pas souffrir de l'attente, il ne veut pas être frustré. Il s'en fout, il bouffe. Ça fait 20 ans qu'il dit qu'il va arrêter. Là, on m'a dit qu'il était sur cinq projets. Il ne viendra pas chez moi car je travaille à petit budget et il botte en touche : oui, Dupontel a un rythme, une musique, il avance des arguments artistiques. Il est très fort.