Le Maroc à l'honneur

NICOLAS CROUSSE

lundi 18 juin 2012, 10:21

Le Festival du Film de Bruxelles s'est achevé ce samedi soir, avec la projection en clôture du dernier film de Michael Winterbottom, Trishna.

Le Maroc à l'honneur

« Mort à vendre », de Faouzi Bensaïdi, Iris d’or du Festival de Bruxelles DR

Juste avant cela, le jury du Festival, présidé par Edouard Molinaro, a délivré son palmarès, qui fait la fête à deux films à l'image de ce que fut la compétition : âpres, sauvages, rageurs. Bruxelles s'inscrit à cet égard sur les modèles des festivals de Sundance et de Berlin, où l'on conjugue le cinéma sur le mode indépendant et (souvent) douloureux.

Le palmarès du Festival de Bruxelles

Iris d'or du meilleur film : Mort à vendre, de Faouzi Bensaïdi

Iris d'argent du meilleur premier film

: Clip, de Maja Miloš

Prix du Public

: Italy, love it or leave it, de Gustav Hofer & Luca Ragazzi

Prix Cineuropa

: Mort à vendre, de Faouzi Bensaïdi

Prix Fedex Cinephile

: Kauwboy, de Boudewijn Koole

Prix du meilleur scénario

: Bloody Boys, de Shaker K. Tahrer

Prix RTBF

: Quand je serai petit, de Jean-Paul Rouve

Prix Be TV

: No rest for the wicked, de Enrique Urbizu

Prix du meilleur court-métrage

: A new old story, d'Antoine Cuypers

Mort à vendre, du Marocain Faouzi Bensaïdi, remporte le grand prix (Golden Iris Award). Le film raconte le destin d'un trio de losers : un ancien taulard, un indic maqué à une pute et un jeune homme sous influence intégriste. Ensemble, ils vont tenter de décrocher leur paradis, façon Tony Montana, en cambriolant une bijouterie de la ville. Mais rien ne se passe comme prévu. Entre polar et drame social, le film de Bensaïdi met il faut bien le dire du temps à trouver son rythme, mais finit par nous captiver.

Le White Iris Award, qui récompense le meilleur premier film de la compétition (et il y en avait ici beaucoup) va au déjà « fameux » Clip, de la réalisatrice serbe Maja Milos. Un film qui avait inspiré une sacrée controverse sur le blog de notre site internet, mercredi passé. Au centre de Clip, nous suivons de jeunes filles serbes de 14, 15 ans, qui passent le plus clair de leur temps à s'éclater. Pas n'importe comment : en se prenant des cuites effroyables, en sniffant de la coke. En filmant surtout à l'aide de leurs portables les moindres faits et gestes de leur jeune vie sexuelle : fellation, épilation de sexe, jeux lesbiens… en somme toute la panoplie des fantasmes récoltés sur des vidéos pornos, que ces gamines de l'âge de Sophie Marceau dans La Boum consultent abondamment, et considèrent vraisemblablement comme la Bible en matière de sexologie.

Controverse

Une fois filmées sur leurs téléphones, ces parties de jambes en l'air sont illico balancées sur Internet et les réseaux sociaux, qui sans surprise explosent. Tout cela se fait bien souvent à deux pas des parents et adultes, qui n'y voient que du feu. Youtube and co, pour eux, c'est du chinois.

La controverse est ici : toutes les scènes de sexe réel du film, de la pipe à l'éjaculation, sont filmées pour de vrai. Avec des doublures (et pas des acteurs pornos, nous apprend la réalisatrice), certes, mais nous associons durant plus d'une heure et demie ces parties de Kama-Sutra à des gamines de 14, 15 ans.

Le film a généré beaucoup de passions. Du malaise, en raison de cette association du porno avec des filles très jeunes. Du respect de la part de nombreux cinéphiles, à commencer par le réalisateur Koen Mortier (22 mei), membre du jury et fan du film. Mais aussi un choc salutaire, tant il faut reconnaître que le sujet, saisissant et très maîtrisé en sa forme, a le mérite de dresser un portrait sans complaisance de la jeunesse d'aujourd'hui.

Le Festival de Bruxelles a accueilli durant huit jours des dizaines de milliers de festivaliers, annoncent les organisateurs. Outre la compétition officielle, le public a pu découvrir quelques avant-premières dont Quand je serai petit, The Deep Blue Sea ou encore To Rome with Love, le Woody Allen.