Belmondo sera ce soir à Bozar avec... Jean Dujardin

NICOLAS CROUSSE

mardi 19 juin 2012, 10:01

Belmondo, la plus aimée des stars du cinéma français, est attendu ce soir à Bruxelles. L'homme est unique. Il a créé depuis les années 50 un style inimitable, fait de panache, d'insolence, d'humour, d'animalité et de séduction. Bruxelles lui réserve un accueil triomphal. Et surprise : il sera accueilli par Jean Dujardin - s'il arrive à temps  !

Belmondo sera ce soir  à Bozar avec... Jean Dujardin

Ce serait une vie qui aurait le titre d'un film. On l'appellerait, tiens… Itinéraire d'un enfant gâté. Ce serait la vie d'un Singe en hiver. D'un Animal. D'un Incorrigible. D'un Guignolo. D'un Morfalou. D'un As des as. D'une sacrée Cartouche. D'un Pierrot fou. D'un Magnifique. Ce serait la vie de Jean-Paul Belmondo, l'homme qui durant les années soixante, incarna à lui seul le cinéma français, de Godard à de Broca, de Melville à Oury, du cinéma d'auteur et de la Nouvelle Vague au grand cinoche populaire.

Depuis soixante ans qu'il fréquente les planches, et une bonne cinquantaine les tournages, l'homme a toujours eu la classe, l'élégance, le chic de ne jamais emmerder son monde avec ses angoisses, ses états d'âme ou ses bobos.

Gouaille française

Jean-Paul Belmondo, que Bruxelles s'apprête à fêter dignement ce soir aux Beaux-Arts - en présence de Jean Dujardin himself, en provenance de Paris où il était toujours en fin d'après-midi -, c'est ça : un goût puissant du bonheur. Un instinct du plaisir. Et surtout, et d'abord, un style. Inimitable. Unique. Irrésistible. Qui tient en quoi ? En une alchimie folle, joyeuse. Explosive. Il y a d'abord une langue, un timbre, une voix, une gouaille françaises filles de celles de Michel Audiard, de Lino Ventura, ou de Jean Gabin, qui sur le tournage fort en calva d'Un singe en hiver l'adouba, en lui lâchant, paternel : « Viens, je t'embrasse, tu es mes 20 ans ! »

C'est Bebel, aujourd'hui, le père. Lui à qui la jeune génération, celle des Dujardin, Lellouche, Cassel, Cornillac ou Dupontel adresse de régulières reconnaissances de dette, artistique autant qu'affective. Un récent et riche documentaire de Vincent Perrot et Jeff Domenech (Belmondo, itinéraire…) donne la parole aux enfants sauvages de Belmondo. Il n'y a qu'à tendre l'oreille.

Dujardin : « C'est un mec qui parlait ma langue. Qui montait sur des toits de métro et qui glissait le long des gouttières. C'est un héros accessible. Un héros qui ressemble à Papa. »

Dupontel : « C'est une plante qui aurait poussé sur n'importe quoi, Jean-Paul. Et il se trouve que le terreau était formidable. Donc ça a donné Belmondo. »

Cassel : « Son attitude. Cette espèce de désinvolture. Cette volonté de ne pas se prendre au sérieux. Tout ça m'a tellement influencé. »

Cornillac : « Bebel, c'est : générosité, swing, plaisir de jouer (…) Quand je le voyais attablé avec Gabin au bar du Singe en hiver, je me suis dit : je viens de ce café. »

Lellouche : « Drôle, léger, et en même temps extrêmement viril. C'est quelqu'un qui me donne envie de vivre. »

Animalité américaine...

C'est Jean Rochefort, son fidèle ami, qui l'affirme : quand il est arrivé dans le cinéma, Belmondo avait une allure qui n'appartenait qu'à lui. Quelque chose d'animal. De purement instinctif. Quelque chose qui le reliait plus, par ce côté boxeur, paquet de nerfs, compétiteur hors pair, aux Américains qu'aux Français. « Je l'ai immédiatement comparé à Brando ou à James Dean », observe Rochefort.

Belmondo a le sens du spectacle. Du show-business. Voire des effets spéciaux… qu'il fut souvent prêt à assurer lui-même, au prix de cascades qui firent longtemps frémir sa vieille maman. Georges Lautner en a gardé quelques souvenirs fleuris. « Dans L'Animal, il est passé d'un hélicoptère sur les ailes d'un avion... en vol. » Et sur Le Guignolo, il survolait tout Venise pendu par les mains, et sans attaches, à un hélicoptère.

Ses origines piémontaises et siciliennes, liées à son père Paul, ne trompent personne. En Belmondo, Titi parisien aux déhanchements américains, coule aussi le sang des séducteurs italiens. Demandez ce qu'elles en pensent à Raquel Welch, Ursula Andress, Carlos Sotto Mayor. Ou Claudia Cardinale, avec qui l'homme partage quelques scènes de baisers, dans Cartouche. « Il aimait séduire. Il avait ce regard de braise, quand il te regardait. »

... et charme italien

À ses heures, « l'Italien » peut aussi se faire clown, acrobate, saltimbanque. C'est un cirque à lui tout seul. Et, la légende le confirme, un incorrigible cabot, amateur des quatre cents coups. Françoise Fabian se souvient : « Il grimpait aux rideaux, il faisait le con. C'était un régal de le voir vivre ! »

À l'arrivée comme au début, au crépuscule de sa vie comme aux aurores, une évidence, tonitruante : Belmondo a le talent de la vie. Jusqu'à l'insolence. Il l'a incarné au cinéma mieux que personne. Et il fut dans la vraie vie, affirment ceux qui le connaissent, à la hauteur de sa réputation artistique. Un exemple ? Une anecdote, salée : Belmondo a 25 ans. Un nommé Jean-Luc Godard, inconnu au bataillon, lui a confié le grand rôle de son premier film… À bout de souffle. « Jean-Paul m'a avoué, se souvient en s'esclaffant Rochefort, que Godard venait le réveiller le matin en disant : allez, on tourne !? Et Jean-Paul lui disait : “Tu nous emmerdes ! je me suis couché tard, on verra demain…” »

Un autre jour, c'est Jean-Pierre Melville qui fit les frais du tempérament de notre félin. Sur le tournage de L'aîné des Ferchaux, Melville se comporte en tyran et prend Charles Vanel pour souffre-douleur. Il n'en faut pas plus pour faire bouillir le sang de Belmondo, qui se lève, s'approche du réalisateur, lui retire son chapeau américain et ses Ray-Ban, les jette par terre, les piétine et envoie dans les roses Melville.

Non sans lui avoir lancé, façon Audiard : « Sans tes lunettes et ton sombrero, t'as l'air de quoi, maintenant ? D'un gros crapaud ! »

100% Bebel. A qui l'on déclare, à notre tour, notre vibrante flamme : On t'aime, animal ! Voilà, c'est dit !