Bruno Podalydès rit de la mort pour ne pas avoir à en pleurer

NICOLAS CROUSSE

mercredi 20 juin 2012, 10:32

Avec « Adieu Berthe », Bruno Podalydès signe déjà son sixième long-métrage. Il y dirige, une nouvelle fois, son frère Denis. Entretien

Bruno Podalydès rit de la mort pour ne pas avoir à en pleurer

« Adieu Berthe » raconte une histoire de famille. Est-ce la vôtre ?

Mais non. On me pose souvent la question. Mon frère Denis a commencé à raconter dans deux ou trois interviews que c’est le décès de notre grand-mère qui avait engagé cette histoire. C’est tout à fait faux. On travaillait déjà depuis un bon moment avant sa mort. J’avais imaginé avec ce film une histoire de grand-mère qui mourait et qu’on se dépêchait d’incinérer parce que ça coûtait moins cher que l’inhumation. Et on se rendait compte après dans ses dernières volontés qu’elle voulait être inhumée en Grèce, là où elle avait vécu un premier amour. Bon, mon producteur m’a très vite calmé en me disant qu’il n’y aurait jamais de budget pour un tournage en Grèce. Et donc c’est devenu un voyage plus initiatique. Le voyage est passé de la Grèce à une maison de retraite.

Pourquoi nous raconter cette histoire ?

Ce qui me motive, c’est ce qui fait rire. La partie pompes funèbres, le côté business et fast-food autour de la mort. À la fois, la joie dans un décès, ou plutôt la consolation, c’est que les proches se retrouvent. C’est ce qui tout à coup rassemble une famille.

La mort vous a déjà fait personnellement rire ?

J’ai un souvenir cauchemardesque de fou rire avec mon frère. C’était à l’occasion de la mise en bière de notre grand-mère. Or, elle avait un tel visage déformé, une telle expression effrayante qui ne correspondait tellement pas à ce qu’elle était de son vivant que c’était impossible de ne pas rire. Plus c’était interdit, parce que notre père nous regardait, plus c’était fort.

La mort nous confronte simultanément au trivial et au profond ?

Oui : au mélange des deux, au même moment ! C’est étonnant comment on est dépossédé, dans les protocoles de la mort, comment elle est organisée par d’autres. Si on ne fait pas attention, ça peut devenir une mascarade. Les gens des pompes funèbres, dans leur dignité et leur compassion, jouent une comédie.