La dramatique « Désintégration »
PHILIPPE MANCHE
mercredi 20 juin 2012, 11:40
Dans « La désintégration », Philippe Faucon suit le parcours d’un trio de jeunes basculant dans l’islam radical et le terrorisme. Rencontre
PHILIPPE MANCHE
mercredi 20 juin 2012, 11:40
En quoi votre histoire personnelle a-t-elle influé sur votre choix de réaliser « La désintégration » ?
Je suis marié à une femme d’origine algérienne. Et je suis né au Maroc, d’une mère née en Algérie. D’une certaine façon, c’est un peu mon histoire. Je vis, à Toulon, en proximité avec des gens qui sont finalement assez proches des personnages du film. Avant d’être approché par deux jeunes producteurs avec un scénario, je m’étais intéressé à l’histoire de Zacarias Moussaioui. Qui est toujours emprisonné aux Etats-Unis parce qu’il a revendiqué être le 20e pirate de l’air dans l’attaque du World Trade Center.
J’ai lu le livre écrit par son frère et sa maman. Ce qui est très frappant, c’est le contraste entre un jeune d’une vingtaine d’années, souriant et fêtard. Et ensuite on découvre quelqu’un au regard vide, au discours radical, violent, judéophobe et chargé de reproches vis-à-vis de la société française. Il s’était clairement passé quelque chose que son entourage n’avait pas vu ni perçu.
Que s’est-il passé ?
En colère par rapport à la France, il a choisi de partir poursuivre ses études en Angleterre et là, il fréquente une mosquée radicale, à Londres. Sans que ses parents s’en rendent compte, il fréquente des gens qui vont l’entraîner dans une dérive. Donne de moins en moins de nouvelles et ses proches perdent le contact jusqu’au jour où on parle de lui six mois plus tard à la télé et dans les journaux. Le frère raconte qu’à Londres, Zacarias a été approché par des gens qui ont entrepris de dénigrer son entourage familial. C’est une approche qui isole la cible et l’enferme dans un discours à sens unique.
Votre film montre très bien la phase préparatoire à un attentat : les entraînements au combat, le maniement des armes. C’est un scénario attractif pour un jeune en colère et à la dérive ?
Ça rend les choses plus séduisantes, bien sûr. Et le personnage de Jamel, le manipulateur, connaît mieux que personne ces jeunes. Il canalise cette colère, cette rage et apparaît, aux yeux de ces jeunes, comme une image très structurante. Ça devient un repère noir et néfaste, mais un repère quand même.
De jeunes français et belges se tournent aussi vers l’islam mais à des fins spirituelles. Aussi par besoin de structure ?
Le côté structurant peut conduire à l’apaisement ou à quelque chose de plus inquiétant. C’est étonnant de voir à quel point ces gamins acceptent des règles et des contraintes qu’ils rejetaient lorsqu’ils étaient scolarisés.
Se lever le matin, être à l’heure pour le boulot, ces jeunes trouvent quelque chose qui les structure et qui convient mieux à quelqu’un que d’autres modèles rejetés pour de bonnes ou mauvaises raisons. Tous les jeunes ne vont pas suivre l’itinéraire décrit dans le film et heureusement, cela reste très marginal et minoritaire.
Ça va mal se terminer cette histoire, on est bien d’accord ?
Il y a des chances, oui. Parce qu’en face, il y a les mêmes cinglés. Il faut voir ce film Jesus Camp sur les intégristes américains. Une femme dit : « Je veux que les enfants américains soient prêts à mourir pour leur foi comme les enfants palestiniens. »