Quand Sophie rencontre enfin Gad

PHILIPPE MANCHE

mercredi 27 juin 2012, 09:27

Dans « Un bonheur n'arrive jamais seul », Sophie Marceau fait tourner la tête à Gad Elmaleh. À moins que ce ne soit l'inverse… Entretien

Quand Sophie rencontre enfin Gad

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A main gauche, Sophie Marceau, actrice préférée des Français. À main droite, Gad Elmaleh, humoriste favori de l'Hexagone. Un joli duo qui fonctionne bien à l'écran.

Pour ce film, « Un bonheur n'arrive jamais seul », tu rêvais, Gad, de tourner avec Sophie ?

Gad : Oui, la base, c'était Sophie. Ensuite, j'aimais le rôle, qui était bien écrit. C'était aussi drôle que romantique. Il y avait un vrai dosage des deux. Même dans les comédies américaines que j'aime bien, il n'y a pas assez de gags, pas assez de burlesque.

Sophie : Il y a toujours un petit quelque chose qui fait qu'on est attiré par un projet. Pour le cas de ce film, c'est le charme qui se dégageait de cette histoire simple. Un homme et une femme ont le coup de foudre et ils essaient de vivre ensemble. Ce n'est pas original. Par contre, l'écriture qui rendait ce projet différent est, elle, originale. Et c'est la vision de James. Qui a un passé. On sait de quoi il est capable. Il est assez particulier comme metteur en scène. Il garde son côté déjanté tout en respectant les codes de la comédie romantique.

Le burlesque auquel Gad fait allusion, c'est le comique de situation ? Le slaptsick, ce genre d'humour qui implique une part de violence physique volontairement exagérée ?

Gad : C'est ce que j'aime, ça me plaît beaucoup et c'est rare de le faire et d'être filmé de sorte qu'on puisse le voir.

Le film dit aussi qu'être mère ou père célibataire n'est pas un handicap pour refaire sa vie…

Gad : C'est une forme de richesse. Ce n'est pas vraiment une famille recomposée parce que mon personnage n'a pas d'enfants. Et il a tendance à en faire beaucoup pour les séduire, les faire rire. C'est quelque chose de naturel chez lui. Ce que je joue, c'est vécu comme un apprentissage, une découverte qui peut paraître insurmontable au début. C'est avec les enfants qu'il va devoir vivre. C'est un vrai challenge pour lui. Parce qu'il n'a pas choisi de tomber amoureux. C'est souvent quand on ne choisit pas qu'on tombe amoureux. On ne tombe pas amoureux, on est juste simplement amoureux. En fait, tomber amoureux, c'est quand on ne sait même pas d'où c'est venu. Je pense mais je ne sais pas.

Sophie : Ça pose aussi un peu la problématique du couple. Accepter de vivre avec l'autre qui, dans le fond, vous embête. C'est un peu ça d'être à deux. Quand on est tout seul, on peut s'ennuyer mais il n'y a personne pour vous casser les pieds. L'idée du couple, c'est quand même de se mettre avec quelqu'un qui ne vous embête pas. Mais qui, forcément, est une autre personne. Avec ses problèmes, son passé, ses propres paramètres… Arriver à ce que deux vies arrivent à se mettre ensemble, c'est tout un programme et c'est déjà compliqué. Et plus il y a de différences, plus c'est compliqué. Je me suis récemment posé la question : si il n'y avait pas le sexe, il y aurait quoi ? Est-ce que ce serait possible ?

Vous préférez sans doute être sur un tournage qu'assurer la promotion d'un film. C'est plus agréable, plus rassurant, plus confortable d'être à deux ?

Gad : J'ai l'habitude d'être seul beaucoup plus parce que je fais la promotion de mes spectacles où je suis seul, donc oui. C'est plus sympa d'être accompagné.

Et comme vous êtes aussi réalisateurs, la pression est peut-être moins forte lorsque l'on défend un film uniquement en tant que comédien ?

Sophie : Un film, on parle de soi et on l'assume complètement. Un rôle, si on n'est pas content du film, on peut toujours se planquer derrière.

Gad : Je pense de plus en plus que les interviews devraient être des discussions et pas des questionnaires qui frôlent parfois l'interrogatoire. Et qu'il en sorte un moment. L'exercice est agréable, c'est la répétition qui est plus compliquée.

Sophie dans un entretien au magazine « Elle », vous estimiez que ces temps-ci, « On demande trop aux acteurs. On les consulte à propos de tout et de n'importe quoi ». Vous ajoutiez qu'une actrice « doit faire hypokhâgne et poser comme une top modèle ». Vous disiez être « docile », avoir « tendance à obéir », mais vous vous demandiez si vous n'étiez pas « plus tranquille » à l'époque où vous étiez « revêche ». Vous pensez qu'on a tendance à s'adoucir avec l'âge ou qu'on vit simplement une période où tout le monde s'endort ?

Sophie : On ne s'endort pas sur l'essentiel. C'est sur les choses moins importantes que j'ai tendance à laisser tomber. C'est mon état d'esprit aujourd'hui. Le côté pénible de la promotion, c'est qu'on est toujours obligé de parler de ce qu'on fait. Je préfère faire ce que j'ai à faire que de parler de ce que je fais. Je trouve normal de faire parler du projet mais c'est un échange qui parfois est frustrant parce qu'il n'en ressort pas grand-chose. On a du mal à faire passer des choses. On n'a pas le temps. Tout va vite. Il y a beaucoup de films. On a l'impression de vendre sa salade.

Contractuellement, vous êtes obligée de passer par là ?

Sophie : C'est beaucoup d'argent un film, donc c'est normal de soutenir. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les supports médiatiques se sont démultipliés qu'on a tendance à s'y perdre.

Gad, vous êtes venu à la rédaction du « Soir », en 2009, commenter l'actualité du jour et vous trouviez l'exercice difficile. Est-ce qu'un acteur connu doit nécessairement avoir une position sur le conflit israélo-palestinien ou sur le deuxième tour des élections législatives ?

Gad : Je n'ai pas de souci avec les vraies questions. J'ai un souci avec la pensée unique et la question qui attend une réponse précise. C'est rare quand on nous pose réellement de vraies questions.

Sophie : Il faut respecter les paramètres du support médiatique. Si vous faites une émission sur la physique quantique à TF1, elle ne passera jamais à 20 heures. Ce que je vends dans ma vie, c'est moi-même et j'ai envie de me vendre au mieux de ce que je suis et pas pour servir autre chose que ma propre cause.

Gad : Je pense que le fait d'être connu ne donne pas de compétences spéciales pour parler de tel ou tel sujet.

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