Patrick Dewaere, l'immortel
FABIENNE BRADFER
mardi 17 juillet 2012, 10:25
Trente ans après sa mort, la Cinémathèque lui consacre un cycle. Un livre tente d'expliquer son geste inexpliquable.
: DR
FABIENNE BRADFER
mardi 17 juillet 2012, 10:25
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Dans Quand je serai petit, qui sortira en salle le 1er août, Jean-Paul Rouve, ex-Robin des Bois, exprime de façon claire et émouvante son admiration envers l'acteur de Série noire. Et a engagé Miou-Miou (la fille des Valseuses) pour jouer le rôle de la mère du héros de son histoire. Déjà en 2001, Rouve avait dédié son César du meilleur second rôle pour Monsieur Batignole à Patrick Dewaere.
Le livre-enquête
Comment expliquer le geste inexplicable ?
Comment expliquer le geste fatal du 16 juillet 1982 ? Comment comprendre pourquoi un mec apparemment « plutôt en forme » se tire une balle en pleine après-midi alors qu'il prépare d'arrache-pied son prochain film et en est fier ? C'est ce que tente de faire le journaliste français Christophe Carrière dans une enquête de 250 pages, Patrick Dewaere, une vie, en croisant de nombreux témoignages. Disséquer le mythe pour mieux révéler l'homme, son immense talent mais aussi ses brûlures intimes et l'origine de son mal-être permanent. On se plonge dans cet ouvrage avec curiosité. L'auteur tente d'en faire un roman de vie sans quitter le fil du livre de cinéma. C'est écrit sans emphase, dans un style direct à la manière de Dewaere. L'auteur y déroule le fil de l'existence du célèbre écorché vif, remontant à l'enfance, levant le voile de tournages mouvementés, de rôles accaparés jusqu'au vertige. Il raconte les coups de boule et les coups de blues, les problèmes de drogue et les problèmes de cur.
En quête de vérité, il va à la rencontre des proches de Dewaere, essaie de reconstituer le puzzle d'une vie meurtrie. Il évoque l'acte de pédophilie dont Dewaere fut victime enfant. Il parle d'Elsa, sa dernière amoureuse qui le fit tant souffrir.
Au final, on repense quand même aux mots que Bertrand Blier dira le jour de la mort de son ami Dewaere qu'il avait vu la veille au soir : « C'est un geste qu'on ne peut jamais expliquer. Il y a des gens qui portent ça en eux et d'autres pas. Cela n'a rien à voir avec les problèmes de l'existence. »
Ceci témoigne à quel point l'acteur des années 70 reste une référence à chaque nouvelle génération. De Jean-Hugue Anglade à Hippolyte Girardot, de Vincent Cassel à Nicolas Duvauchelle. « Adulescent » riant avec de grands yeux tristes, Dewaere fascinait par l'authenticité de son jeu, ayant décidé en entrant dans ce métier d'acteur de ne jamais tricher. Ce qu'il donnait alors était révolutionnaire. Il était d'ailleurs en passe de devenir un très grand du monde du cinéma français quand, le 16 juillet 1982, il décida d'en finir avec la vie d'une balle dans la tête. Ce geste irréversible changea sûrement la face du cinéma français. Des cinéastes comme Blier ou Corneau n'ont pas fait tout à fait les mêmes films que si Dewaere était resté en vie. Et la carrière d'un Depardieu, elle aussi, aurait pris une autre gueule si son comparse des Valseuses n'avait pas tiré sa révérence à 35 ans.
C'est dire la force de l'empreinte malgré une carrière courte et comment ce tourmenté éternel, inquiet de ses succès, marqua de sa personnalité le cinéma français. Que serait-il aujourd'hui, acteur de plus de soixante balais ? Comment défendrait-il ses films aujourd'hui, lui qui disait déjà à l'époque de Coup de tête en 1978 : « Si on me demande d'aller sur un plateau de télévision pour défendre un film, c'est tout simplement parce que cela fait une émission pas chère grâce à ma petite gueule. ( ) C'est prendre les spectateurs pour des imbéciles ! Comment voulez-vous qu'ils y croient ? Ils constatent simplement qu'un Dewaere ou un autre est en train de ramer comme une bête sur un écran pour essayer de draguer des fauteuils et pour essayer de conserver sa petite situation dans le cinéma. C'est vraiment déplorable ! »
Trente ans après sa mort, tout semble rester à vif. Qu'on le découvre en amant plein d'angoisse et de rage, en paumé suicidaire ou en voyou au cur tendre, on se laisse autant avoir par ses quêtes, ses révoltes que sa sensibilité presque enfantine.
« Une Formule 1 », disait de lui Lino Ventura. « Jouer ? Cela n'existe pas. Chacun de nous est plusieurs personnes à la fois », pensait Dewaere. Cette attitude de Don Quichotte, cette recherche de pureté le préservent éternellement proche des jeunes. Et ce, au-delà de la formidable liberté à tout prix qu'il revendique dans Les Valseuses où il fait les 400 coups avec Depardieu comme dans sa vie.
En écho à la date anniversaire de sa mort, Cinematek lance un cycle Patrick Dewaere du 18 juillet au 30 août. Il y a matière à se faire d'immenses plaisirs de cinéma avec un acteur véritablement irremplaçable. On le constate à travers ses films les plus marquants. Des films mémorables comme La meilleure façon de marcher (Claude Miller), Le juge Fayard dit « le sheriff » (Yves Boisset), F. comme Fairbanks (Maurice Dugowson), Préparez vos mouchoirs (Bertrand Blier), Coup de tête (Jean-Jacques Annaud), Série noire (Alain Corneau), Hôtel des Amériques (Téchiné), Un mauvais fils (Claude Sautet), La marche triomphale (Bellochio), Le grand embouteillage (Comencini), Beau-père (Blier) ou encore Paradis pour tous (Alain Jessua), le film ultime où son personnage rate son suicide alors que dans la vraie vie, Dewaere ne se manque malheureusement pas.
Patrick Dewaere, une vie CHRISTOPHE CARRIÈRE Éditions Balland 250 p., 18,90 euros