Pixar se la joue « Rebelle »

DIDIER STIERS

mercredi 18 juillet 2012, 15:27

Après les histoires de jouets, de robot nettoyeur et de bagnoles, Pixar met le cap sur Highlands d’antan… Un régal pour les yeux à découvrir dès ce mercredi dans les salles obscures!

Pixar se la joue « Rebelle »

© AP

Elle est belle comme un cœur, rêve de liberté, arbore une extraordinaire tignasse rousse et se prénomme Merida. Ce 18 juillet, l’héroïne du nouveau Pixar enchantera les écrans belges de ses exploits à l’arc et fera résonner les salles de ses coups de gueule d’ado.

Rebelle, c’est le titre de ce joli film d’animation, transporte le spectateur en Écosse, loin dans le passé. Quand les clans se faisaient la guerre ou nouaient des alliances, chassaient l’ours, jetaient des troncs et festoyaient en engloutissant du haggis. Merida (à qui l’actrice Kelly Macdonald, la Margaret Schroeder de la série Boardwalk Empire, prête sa voix) doit épouser l’héritier d’un de ces clans. La jeune fille refuse de se plier aux traditions et consulte une sorcière… fort distraite !

« Chez Pixar, nous a assuré John Lasseter, le directeur, on croit encore au conte de fées, même si le propos est moderne. » On ne le contredira pas, mais l’intérêt de Rebelle, découvert fin mai en avant-première à Edimbourg, est surtout d’y voir les artistes de la maison repousser les limites du savoir-faire et de la technique. Les textures, l’animation des fourrures et des cheveux, dont le volcan roux de Merida, sont autant de régals pour l’œil.

Rien d’étonnant dès lors à ce que l’équipe venue effectuer ses devoirs de promo accueille en ses rangs Tia Kratter, « art director », chargée des recherches sur les couleurs et les textures. Un petit exemple du job accompli sous sa houlette ? Le département artistique disposait de dessins de mousse dont le rendu n’était pas satisfaisant.

« On aurait dit de l’eau stagnante. Un de nos magiciens nous a assuré pouvoir convertir ces mousses en formes simples et, à partir de là, réparties dans tous nos paysages. Ça nous a permis de créer un univers à la fois très dense, très plein et en même temps très doux. En combinant ces mousses avec les herbes, les plantes, les rochers, nous avons véritablement vu émerger le décor de Rebelle. »

Mais le morceau de bravoure du travail réalisé sur ce film est sans conteste la création d’une chevelure au réalisme, tant dans la texture que dans l’animation, encore jamais atteint dans le genre.

« La dessiner n’a pas été un gros challenge, nous avons juste essayé d’imaginer un élément supplémentaire qui puisse donner du caractère à sa personnalité. Elle a de la volonté, elle veut son indépendance, faire les choses à sa manière : l’énergie du rouge de ses cheveux en est une illustration visuelle, si je puis dire. Ensuite, nous nous sommes aperçus que, quel que soit le décor dans lequel le personnage était placé, ses cheveux roux donnaient un nouvel accent à ce même décor. Du coup, on pouvait même imaginer des plans très larges : elle n’allait pas devoir être dessinée en grand pour être vue. »

« Au départ, la masse de cheveux nous semblait trop parfaite, reprend Tia Kratter. Trop bien coiffée, trop propre. Nous avons retiré plein d’éléments, pour ensuite en rajouter d’autres, des plus courts, des plus longs, inégaux… Nous avons tout fait pour que ces cheveux soient désordonnés : mettre du chaos dans ce visuel est devenu un point très important pour nous. »

Reste qu’avec Rebelle, c’est la première fois que Pixar propose un film porté par une héroïne, une vraie. Dans le fauteuil du réalisateur, on retrouve dans un premier temps Brenda Chapman, par ailleurs auteure de l’histoire, débarquée en cours de route au profit de Mark Andrews. Lequel fut storyboardeur et superviseur sur de précédents hits de la boîte (Ratatouille, Cars…), mais aussi directeur de la deuxième équipe sur le tournage de John Carter.

La productrice Katherine Sarafian qui l’accompagne martèle que là où les autres studios fonctionnent sur des formules et des recettes, chez Pixar, on aime les idées.

« Quand Brenda Chapman a imaginé cette histoire, elle s’est inspirée de sa relation avec sa propre fille. Une fois démarré le travail sur le film, tout ça s’est transformé en famille écossaise vivant une belle aventure. Mais en gros, c’était la bonne idée au bon moment, plutôt qu’une sorte de check-list. »

Même le fait d’avoir préservé l’accent écossais des personnages leur semblait une bonne idée. « Il y a des acteurs locaux un peu partout dans le monde pour assurer le doublage. Mais au-delà, une grande performance est une grande performance, avec ou sans accent écossais. Même si un mot n’est pas compréhensible, le timing comique ou l’émotion le traduisent. »

Rebelle est l’aboutissement de six ans de travail. La grosse voix de Mark Andrews trahit une sorte d’énergie à peine contenue. « On tient le coup, commente-t-il, parce qu’on travaille sur quelque chose qu’on aime. Cela fait presque 20 ans que je suis dans ce métier, et chaque film est une histoire de passion qui se renouvelle. Mais ça pourrait être une bonne question pour l’équipe : là, chacun reste sur un projet qui va lui prendre un paquet d’années. C’est un processus organique : on travaille sur quelque chose, on examine le résultat, on le remet en chantier pour enlever, rajouter ou mettre sur le côté… C’est plus dur pour eux, même si tout le monde a aimé l’histoire. »

Le réalisme historique ? Pas question de se tracasser avec ça ! « Cela n’a pas trop été notre souci, confirme Andrews. Le château fort n’est apparu que plus tard, certaines armes aussi… En fait, nous avons utilisé les éléments que nous aimions pour les inclure dans une fiction, une fantaisie. Ce qui compte, c’est l’atmosphère de l’endroit, sa crédibilité, pas la véracité. S’il avait fallu faire un film enfants admis qui a pour cadre l’Ecosse médiévale et soit historiquement correct, ça n’aurait pas été possible. Des enfants sales, des morts, de la violence, de la grossièreté, ça aurait dû beaucoup plus se rapprocher de Game of thrones. »

Quant à la 3D, pas évident d’en dire quelque chose quand la presse a eu droit à la version 2D. Qui semble presque se suffire à elle-même. « Je raconte des histoires en images. Pour moi, la 3D, c’est un gimmick. Il y a d’abord une histoire à raconter, quelle qu’elle soit. Quand j’ai vu Avatar, je me suis dit que ça y était, que c’était ça ! James Cameron l’utilise avec des intensités variables, si je puis dire. Il y a des passages d’Avatar qui ne sont pas en 3D, parce que c’est ça que l’histoire requiert à ce moment précis. Mais les scènes de vol, pour faire leur effet, demandent une 3D très perceptible. C’est aussi mon approche. »