Mostra de Venise : Cimino est (enfin) au paradis

NICOLAS CROUSSE

vendredi 31 août 2012, 08:42

32 ans après le flop historique de sa « Porte du paradis », qui coula les studios de la United Artists, Michael Cimino est venu accompagner à la Mostra de Venise la version intégrale de son film. Hier maudit, le voilà fêté, culte… et en larmes. De notre correspondant à Venise.

Mostra de Venise : Cimino est (enfin) au paradis

© AFP

Grand moment d'émotion, ce jeudi après-midi, à la Mostra, avec la présentation de la version intégrale du film jadis maudit (d'aucuns vont jusqu'à dire que c'est le plus maudit de l'histoire du cinéma), et aujourd'hui culte, de Michael Cimino, La Porte du paradis.

En 1980, Cimino est au zénith. Il vient de réaliser « Voyage au bout de l'enfer » et tourne un film d'une ambition financière et artistique redoutable, inspiré par le massacre à la fin du 19me siècle de paysans polonais dans le Wyoming par des tueurs à la solde de propriétaires fonciers, avec le feu vert des plus hautes autorités fédérales, à commencer par le Président des Etats-Unis.

Le teaser du film

Le 19 novembre 1980, le film est projeté en première mondiale à New York. Le jour de fête annoncé se transforme en catastrophe. « Heaven's gate », qui contient de nombreux moments d'anthologie (particulièrement dans les scènes chorégraphiques), se fait à l'époque laminer par la critique. Et est retiré de l'affiche une semaine à peine après sa sortie. Une version courte, adoucie et surtout moins militante (le film est très à gauche… alors que trois ans plus tôt on jugeait Voyage au bout de l'enfer trop à droite) est imposée par les producteurs du film : 149 minutes, au lieu des 220 voulues par Cimino. Malgré cela, c'est le nouvel échec, d'une violence telle que l'on attribue aujourd'hui au film de Cimino la responsabilité de la faillite de la United Artists.

Voire plus, affirment aujourd'hui les historiens du cinéma : la fin de l'âge d'or de ce qu'on appelle le « Nouvel Hollywood », à savoir le mythique cinéma d'auteur des années 70 (Apocalypse Now, Taxi driver, La Ballade Sauvage…)

De l'enfer au paradis

C'est le montage original du film qui a été projeté hier, en présence de Cimino, qui est allé s'asseoir auprès de sa productrice et de Thierry Frémaux, patron du Festival de Cannes, pour assister à la projection, après avoir pris la parole durant une quinzaine de minutes. « Je n'ai plus vu le film depuis 33 ans », confesse d'une voix de vieillard le petit homme au look de rockstar androgyne. Dandy, mi-punk mi-clown, adepte de la plaisanterie Droopy, jailli dirait-on d'une autre planète, Cimino se cache derrière des lunettes fumées, qu'il n'enlèvera que durant la projection.

Ceux qui sont à ses côtés (j'en suis) devinent alors un regard tendre et rêveur, d'une incroyable clarté, qui fait penser à un petit frère d'Harry Langdon. « Je ne voulais pas revenir à ce film, qui m'a apporté tant de souffrance. Mais je me suis laissé convaincre, et me voici. »

Au moment du générique final, la salle entière se lève et se tourne vers l'artiste, l'applaudissant durant de longues minutes. Cimino se lève et semble vaciller un moment. Il est en larmes. L'enfer s'éloigne. Cimino tient enfin son paradis. C'est peu dire qu'il l'a mérité.