C’est Jésus qu’on fouette, à la Mostra

NICOLAS CROUSSE

dimanche 02 septembre 2012, 16:48

Flagellation charnelle, masturbation avec un crucifix : « Paradis : Foi », de l’Autrichien Ulrich Seidl, dénonce l’imposture religieuse en flirtant avec le scandale

À ceux qui en doutent encore, le cinéaste autrichien Ulrich Seidl est là pour rappeler, de film en film, sa sombre conviction : le paradis, c’est l’enfer. Seidl révélait en mai dernier à Cannes le premier volet d’une trilogie, Paradis : Amour, centré sur le tourisme sexuel d’une femme cougar au Kenya. Le second volet, Paradis : Foi, est dans la compétition de la Mostra. Et a été projeté 24 heures avant The Master. Il est piquant de constater que les deux films font chacun le procès de la religion… tandis que Terrence Malick aborde avec To the wonder un ton plus spirituel que jamais pour évoquer les délices et vertiges de l’amour. Nous reviendrons sur le nouveau Malick dès demain.

Dans le film de Seidl, nous suivons de près le personnage d’Anna-Maria, catholique dévouée corps et âme au culte de Jésus et de la Vierge Marie. Sa ferveur n’est pas loin d’une forme de dégénérescence. Elle fait du porte à porte, une immense Vierge sous le bras, en tentant de convertir des brebis égarées. Marche à genoux dans son appartement. Chante à tue-tête les louanges de son Dieu. Et se flagelle régulièrement face à un crucifix qui lui tient de compagnon spirituel, amoureux, sinon de fantasme sexuel (une scène de masturbation va faire jaser). Anna-Maria est aussi mariée… à un musulman handicapé, Nabil, qui regagne le domicile conjugal après deux ans d’absence et revendique de pouvoir exercer ses droits conjugaux au lit. Hors de question pour Anna-Maria. Du coup, ce sera la guerre des sexes… teintée de guerre sainte.

Le propos de Seidl est tantôt sarcastique, voire carrément drôle, tant les deux protagonistes se livrent à un combat puéril, tantôt sordide et tragique. Paradis : Foi, c’est un peu Le Chat, de Pierre Granier-Deferre (vous savez : avec Signoret et Gabin s’étripant) revu et corrigé à la sauce Von Trier ou Haneke. La morale est terrifiante : l’amour était au menu. Or à l’addition, c’est le désastre. Reste alors, pour la bigote littéralement défroquée, à retourner son fouet vers son Christ bien aimé. Et à le rouer de coups hystériques.

L’incontestable force de ce film au ton grinçant et provocateur est à la fois ce qui fait sa petite faiblesse.

N.Ce., à Venise