« Le cinéma belge privilégie l'humain »

DIDIER STIERS

mercredi 12 septembre 2012, 12:35

En 2010, le réalisateur bruxellois s'invitait dans une famille de « Vampires ». Cette fois, c'est vers la middle class américaine qu'il se tourne. Son prochain film traitera de la pédophilie au sein de l'Eglise.

« Le cinéma belge privilégie l'humain »

Au travers de Shawn et de sa petite sœur, Vincent Lannoo imagine ce que sera la « middle class » belge dans 10 ans : clairsemée et appauvrie

S'il est prêt depuis un moment, ce Little glory, il n'arrive qu'aujourd'hui dans les salles pour des raisons bêtement conjoncturelles. Qui concernent assez peu son réalisateur, mais ne le stressent pas moins pour autant.

Normal, quand au fil des tournages, on entend creuser son sujet, affiner son discours et qu'on espère « sentir » la réaction du public.

Little glory, c'est notamment le portrait de Shawn, un ado qui se retrouve seul avec sa petite sœur au décès de leur père ouvrier. Il poursuivrait bien son existence de glandeur si une tante ne revendiquait pas la garde de la gamine. Mis sous pression par un juge qui lui accorde un peu de temps pour faire ses preuves comme tuteur, il tente de se racheter une conduite…

Exit le Vincent Lannoo farceur de Vampires. L'image est ici plus posée, plus ouverte sur l'émotion pure vers laquelle il tente d'aller.

« C'est la même personne qui fait des films différents, résume l'intéressé. Je suis un cinéaste qui s'inscrit sans doute moins, comme le font Woody Allen ou Bergman, ou mon idole actuelle, Joachim Lafosse, dans une évolution lente, une ligne et une recherche très précises. J'aime expérimenter des choses différentes. »

Joachim Lafosse et lui partagent cela dit au moins un point commun : tous deux interrogent le « monstre » qui sommeille en chaque être humain. En tout cas, à leur manière. « Joachim a une ligne très forte qui, je pense, est l'interrogation du pervers et de la manipulation. Ce qui m'intéresse plutôt, précise Lannoo dont le prochain film évoquera la pédophilie au sein de l'Eglise, ce sont les contradictions internes. Et ce que porte ce film-ci, c'est comment on peut renaître, devenir quelqu'un, apprivoiser le bonheur. » Réponse, d'où le titre : par les petites gloires. « A la maison, quand ma fille réussit des cookies aussi bien que sa mère, c'est idiot, mais elle est ultra-heureuse. C'est une petite gloire. Et ce moment fait partie de la construction de son bonheur, comme quand Shawn trouve un boulot ou que sa sœur cuisine des spaghettis. »

Il le tient donc, son « film américain », le réalisateur ! Qui a enfin trouvé une réponse – « oui » en l'occurrence – à la question de savoir s'il existait un cinéma belge. « J'en ai été convaincu par les bons films flamands, comme Rundskop ou La merditude des choses. » Là aussi, il y a une ligne, la même : « C'est cette interrogation, cette construction du rapport humain. Cette force avec laquelle on dit qu'il est important pour nous de parler de ça. » Et d'assurer donc que c'est ce cinéma belge qui le fait le mieux. Que quand on scrute les productions francophones et flamandes, les bonnes (sic), on s'aperçoit que c'est la même culture. Mais il en a parfois douté ! « Il m'est arrivé de croire en ce que disait le gros qui a maigri. En fait, il se trompe. Il y a une culture commune, et elle est dans cet intérêt pour le rapport humain. On est un des seuls pays, du moins que je connaisse, où le rapport humain est intrinsèquement plus important que le rapport d'argent. »