« Oh Willy », le Cartoon d’Or, est belge et naturiste

Rédaction en ligne

vendredi 14 septembre 2012, 07:42

Deux jeunes animateurs belges ont remporté le prix le plus prestigieux du court-métrage d’animation dans le monde. Rencontre à chaud, au pied du podium du Cartoon Forum, avec ces magiciens gantois de la poupée de laine. A Toulouse, de notre envoyé spécial.

« Oh Willy », le Cartoon d’Or, est belge et naturiste

Bravo « Oh Willy » (Belga)

Jeudi soir, Michel Ocelot, le réalisateur de Kirikou, a remis la statuette du Cartoon d’or à Emma de Swaef et Marc Roels pour le film Oh Willy. Dans cette étrange fable de poupées de laine, le jury a vu une quête mythologique des origines de l’humanité et de l’amour maternel, dont la fin prend la forme d’un hommage vibrant à Tintin au Tibet.

Abasourdis par le trophée, le chèque de 10.000 euros et la standing ovation des 800 professionnels du Cartoon Forum réunis à Toulouse, Emma et Marc se défendent pourtant d’avoir voulu jouer avec les symboles. Oh Willy, c’est d’abord 16 minutes 52 secondes de jouissance partagée, nous ont-ils confié en descendant de scène. Ils se sont rencontrés à Gand, la ville natale d’Emma et la cité d’adoption de Marc, qui a grandi en Afrique du Sud. Ni l’un ni l’autre ne rêvait de faire du dessin animé. Jusqu à ce que Willy s’en mêle…

« Je me destinais au documentaire et j’avais un projet de film sur les naturistes, raconte Emma dans un immense sourire. Et puis j’ai fait un stage chez Patar et Aubier qui tournaient Panique au Village. Ils travaillaient sur ce film avec Beast Animation. Le documentaire s’est transformé en projet de dessin animé et Beast Animation a proposé de nous aider à produire Oh Willy ». Willy est homme pelotonneux qui revient dans la communauté naturiste où il a grandi pour voir sa mère mourir. Cet événement le précipite dans un voyage onirique. Willy se perd dans la forêt, tombe dans une caverne et trouve un bonheur burlesque dans les bras d’un yéti femelle, au bout d’une cascade de péripéties animées.

« J’ai étudié les Beaux-Arts, ajoute Marc, et j’avais fait un premier film d’animation, Mompelaar, dont un de vos collègues, Nicolas Crousse, a parlé dans le journal Le Soir mais je ne pensais pas du tout poursuivre dans l’animation. Je trouvais que c’était beaucoup trop fastidieux de devoir faire autant de dessins ! Là, avec le Cartoon d’or, je suis décidé à continuer. Pour ce qui est de l’histoire de Oh Willy, on ne s’est pas rendu compte sur le moment de tout ce qu’on avait glissé dedans. Les références mythologiques étaient inconscientes ».

« Sauf pour Tintin, avoue Emma. La relation quasi filiale de Willy avec le Yéti rappelle celle de Tchang avec l’abominable homme des neiges du Tibet. Quand Willy perd sa chemise de corps, certains spectateurs ont même vu un clin d’oeil à l’écharpe de Tchang… L’animation de poupées de laine est une technique très délicate, où le mouvement doit être travaillé en continu mais cela permet de transmettre une grande sensibilité. Les yeux jouent aussi un grand rôle. Ils sont terriblement expressifs grâce à l’utilisation de vernis et de traits dans les pupilles qui grandissent l’émotion ».

Une émotion que les auteurs ont su transmettre avec une infinie délicatesse au jury du Cartoon d’or, en faisant souffler sur l’univers du dessin animé la fraîcheur de la liberté et de la fraternité humaine.

Daniel Couvreur