L'animation cartoone à l'export
DANIEL COUVREUR
lundi 17 septembre 2012, 10:40
En quatre ans, le temps passé par les enfants devant la télé a augmenté de 9 minutes : tout bénéfice pour le dessin animé. Si Warner Bros et Disney dominent le marché, le cartoon européen s'exporte et s'attaque au monde adulte. Les Belges ont des as dans la manche et le prouvent au Cartoon Forum à Toulouse.
Kirikou : moteur de la renaissance du dessin animé européen© Les Armateurs
TOULOUSE
Pico, graine de star belge
Copain de Charlie Brown
ou du Petit Nicolas, Pico Bogue ébouriffe la BD depuis 2008. Le cheveu en pétard, ce jeune esprit fort a cinq albums de révolte poétique contre l'autorité familiale à son actif. La scénariste belge Dominique Roques lui met des idées arrêtées dans la tête et son fils, Alexis Dormal, lui dessine les mimiques de celui qui n'en peut plus des conventions. Pico refuse de se laisser enfermer dans les cases et ça tombe bien : les Armateurs lui offrent la liberté de raconter sa vie au petit écran ! Les producteurs français des Triplettes de Belleville sont venus chercher au Cartoon Forum les 2,1 millions d'euros nécessaires au tournage d'une série télé de 52 épisodes de 5 minutes. Les Armateurs ont préservé son espièglerie. Des acteurs en culottes courtes prêtent à Pico une voix pleine de reparties. Le résultat est agaçant et attachant comme peuvent l'être les enfants. Avec Pico, on redécouvre le droit à l'impertinence et le bonheur de faire pipi dans le bain. À la RTBF, Coralie Pastor d'Ouftivi s'est déclarée séduite par le pilote.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
On peut faire très sérieusement ce qui nous amuse. Les enfants nous le prouvent tous les jours. Avec un bénéfice à l'export de 80 millions d'euros en 2011, les producteurs européens de dessins animés sont désormais pris très au sérieux. Réunis à Toulouse pour le Cartoon Forum, ils ont appris que l'animation est devenue le premier produit culturel de l'Union. L'Europet gagne du terrain sur les Américains, au point de leur vendre des adaptations de héros nés aux Etats-Unis, à l'image de la série Garfield réalisée chez DreamWall, à Marcinelle.
Les producteurs profitent de l'augmentation constante de la demande de programmes pour enfants. Selon Eurodata TV Worldwide, le temps passé devant la télé par les 4 à 15 ans a grimpé de 2 h 09 à 2 h 18 depuis 2008. Les petits Italiens sont les plus accros : 2 h 50 par jour, pour 2 h 20 aux Anglais, les moins téléphages. Les Belges se situent dans la moyenne. La France est leader sur le marché européen et la Belgique profite de sa frontière commune. Au top des investisseurs, à Toulouse, Oh ! Brave Knight, coproduit par les Gantois de Thuristar et les Français de Teamto, a décroché le gros lot parmi 69 projets. Un chevalier poète de la mandoline sera la star d'un Moyen Age où les miroirs magiques ont les applis d'un iPad. Les Belges de Eyeworks Film, alliés aux Français d'Autour de Minuit, ont aussi tapé dans l'il avec Steve. Entouré d'acteurs dans un décor live, Steve se prend pour un ornithorynque en 3D évadé de Madagascar. Son pelage ? L'acné. Son habitat ? Le kot. Son régime alimentaire ? Le burger. Sa langue ? Le texto. Son mode de reproduction ? La veuve poignet ! Dans un registre plus enfantin, les Wallons de Dupuis, les Flamands de Walking The Dog et les Français de Studio Redfrog ont séduit avec Tuktulik, une série écolo au pays des Inuits.
Le directeur du Forum Cartoon, Marc Vandeweyer, explique la performance des Belges par « les soutiens publics du Tax shelter, de Wallimage, du Fonds flamand pour l'audiovisuel, qui rendent les coproductions belges intéressantes ». Au plan esthétique, le Cartoon Forum a montré que l'animation classique résiste à la 3D. « La 2D, dont Pico Bogue est un bel exemple (lire ci-contre), et l'hybridation ont la cote, comme dans Hello World ! qui marie les animaux de papier mâché et l'ordinateur. » Un avenir que le Cartoon Forum promet aux adultes. « Le public existe. Le long-métrage l'a prouvé depuis Valse avec Bachir ou Persepolis. J'ai vu à Toulouse Yeah ! Yeah ! Yeah !, une série sur le rock'n'roll, une dizaine de projets au total, qui montrent que les producteurs y croient. »