L'homme riche qui aimait peindre

LUCIE CAUWE

vendredi 04 juin 2010, 10:30

Dans son nouvel album, « Denver », le Britannique David McKee déploie une fable subtile sur la place de l'argent dans la vie.

L'homme riche qui aimait peindre

Riche, très riche, Denver se déplace dans une voiture que pilote un chauffeur Une très intéressante réflexion sur l’argent par le Britannique David McKee © Kaléidoscope

Ce n'est pas la première fois que David McKee s'empare d'un sujet faisant la une des médias dans un de ses albums pour enfants. Cette fois, avec Denver, c'est d'argent qu'il nous entretient ; ce maître du monde que le Britannique traite à sa manière, comme il l'avait fait en 2004 dans Les conquérants en réaction à la guerre d'Irak. Cette nouvelle création du père d'Elmer, l'éléphant bariolé né en 1989, est bien plus subtile qu'une lecture trop rapide pourrait le laisser penser.

Repères

Jeunesse Denver DAVID MCKEE traduit de l'anglais par Elisabeth Duval Kaléidoscope 32 p., 13 euros

On suit dans cet album coloré, à l'excellent rapport texte-images, Denver, un homme ni jeune ni vieux. Le rouquin en costume-cravate, souvent accompagné d'un chat blanc aux mines éloquentes, est « riche, très riche, très très riche ». Il habite un manoir. Emploie un chauffeur, des jardiniers, une cuisinière et un large personnel, qu'il rétribue généreusement et qui est heureux de travailler. Doit-il être gêné d'être né riche s'il est honnête ? D'autant qu'au village, c'est Denver qui finance la remise des prix à TOUS les écoliers de Berton et la Noël des enfants. C'est lui qui fait vivre les magasins locaux, engage des extras pour ses réceptions. Mais le dimanche, l'homme riche pose son béret basque sur sa tête et s'adonne à la peinture, sa passion.

Tout va bien jusqu'au moment où un inconnu vêtu de noir arrive à Berton et sème le doute chez les habitants : est-il juste que Denver soit si riche, glisse-t-il. Les villageois ne voient du coup plus leur vie confortable comme avant. Ils se montrent envieux, insatisfaits. Ce sera la fin d'un paternalisme bien tempéré car Denver a entendu leurs récriminations et décide de vendre ses biens et de les partager équitablement entre eux tous.

Chacun reçoit la même somme d'argent, trésor dont l'épuisement le ramènera au réel. De son côté, Denver s'est installé ailleurs. Il peint, est heureux. Ses toiles se vendent très cher. Il devient célèbre. Les gens viennent le voir. C'est désormais la ville de Mardell qui profite de ce voisin, d'autant que Denver est redevenu riche et refait appel aux habitants pour ses travaux de maison. Quant au semeur de zizanie, il a repris la route. Vers où ?

Ce n'est évidemment pas une apologie du capitalisme que fait David McKee mais une démonstration extrêmement subtile sur la place à accorder à l'argent et sur l'importance de l'esprit critique quand surgit un être mal intentionné. Dès 5 ans.