Merveilles géométriques

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

mercredi 11 août 2010, 09:56

Les « Eléments » d'Euclide ont fixé les mathématiques pendant des siècles. En 1847, Olivier Byrne en fit une édition avec des symboles colorés, pour mieux comprendre. C'est cette merveille qui est aujourd'hui rééditée. De l'art géométrique d'avant-garde.

Merveilles géométriques

Les couleurs sont destinées à faciliter la compréhension Comme dans le carré de l’hypoténuse (ci-dessous) ou le théorème ci-contre Elles sont aussi simplement artistiques © Taschen

Euclide. Ça vous rappelle des choses, non ? Les années d'athénée ou de collège. L'arithmétique. Des points, des lignes, des triangles, des quadrilatères, des cercles. Et des théorèmes, hypothèse, thèse, démonstration. Genre : « Par un point pris hors d'une droite, il passe une et une seule parallèle à cette droite. » Genre aussi la démonstration du théorème de Pythagore (le carré de l'hypoténuse d'un triangle rectangle est égal à la somme des carrés des deux autres côtés) avec ses carrés prolongeant les côtés du triangle. Pfff !

Euclide est mort vers 265 avant J-C à Alexandrie. Il est l'auteur des Eléments, un des textes fondateurs des mathématiques modernes. Tout n'est pas d'Euclide dans les treize livres de ces Eléments. En fait, il a réalisé une compilation du savoir géométrique de son époque. Il a bien fait. C'est resté le noyau de l'enseignement des maths pendant près de 2000 ans.

Sans doute, beaucoup d'entre nous seront-ils peu intéressés de savoir que Taschen vient de rééditer les six premiers livres d'Euclide. Nous avons tort. Cette réédition est un bijou. Parce que l'édition originale est un bijou. C'est celle qu'en fit Oliver Byrne en 1847, en Angleterre. Une édition didactique. Le sieur Byrne, qui était géomètre des colonies de Sa Majesté aux îles Malouines, utilise diagrammes et symboles colorés pour faciliter la compréhension des théorèmes. Il travaille sur le papier comme un prof travaillerait en classe : avec des craies de couleur.

Tant mieux pour tous les élèves british de cette époque. Et tant mieux pour nos yeux. Car cette magnifique réédition nous montre un travail réellement artistique. Comme si Byrne avait anticipé Mondrian, Malevitch et De Stijl réunis. Cette débauche de couleurs et de géométries à chaque page est fascinante. Rouge, jaune, bleu, noir, cercles, triangles, quadrilatères éparpillés sur la page. C'était une merveille d'imprimerie en 1847. Ce l'est toujours plus de 150 ans plus tard.

« Tout le monde chez Taschen a pensé que c'était d'une modernité folle, dit l'attachée de presse de l'éditeur allemand, Lou Mollgard. D'une grande beauté, comme si quelqu'un avait dessiné sur un tableau noir. »

The Elements of Euclid , réimpression du livre original d'Oliver Byrne de 1847, en anglais. Dans un coffret comprenant aussi un essai, en trois langues dont le français, de Werner Oechlin sur le livre. Taschen, 300 p. + 96 p., 39,99 euros.